Protestants...  
 
jurade au XVI° Siècle° 
 
Monluc-Thoiras
 
Henri IV 
 
Les Sarrau  au XVII°
 
Révocation de l'édit  Nantes
 
Historique
1518 - 1560
1561 - 1601
1601 - 1789
 
Les mariages de 1789
 
Chronique familiale
 
le Temple
 
 
 
***

 

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Protestants
de
Monflanquin
sous
l'Ancien Régime
1518 - 1789
Table des   Matières 
 
- Introduction  
                                 
1- 1518-1560     Les débuts du Protestantisme
- Les progrès des idées de la Réforme à partir de 1518 
- Le rôle des Augustins
- Le rôle des régents
- Le rôle des Consuls
- Les tensions vers 1559-1560   
 
2- 1561-1598 Les guerres de Religion
- Première guerre : passage de Monluc 1561-1563
- Seconde guerre : emprise de Monluc 1567-1568
- Troisième guerre : Monluc et Thoiras 1568-1570
- Quatrième guerre : La nuit de la St Barthélemy 1572-1573
- Cinquième guerre : Monflanquin bastion Huguenot 1574-1576
- Sixième guerre : Monflanquin s’affirme 1576-1577
- Septième guerre : Monflanquin conforte les positions - 1580
- Huitième guerre : Henri de Navarre et Béthune 1585-1598
 
3- 1598–1601  L’Edit de Nantes et la jurade                      
- L’Edit de Nantes  1598
- Fonctionnement de la jurade à Monflanquin
- Tableau des consuls de 1574 à 1588
- Les changements de 1574
- Tableau des consuls de 1589 à 1602
- Stabilité de la jurade
- Tableau des consuls de 1603 à 1616
- La visite de l’évêque d’Agen  1601
 
4- 1621–1681   Les avancées des catholiques
- Les remparts de Monflanquin
- Les avancées des catholiques  1622-1641 
- Maintien et loyalisme des Protestants
- Carte des places fortes protestantes en 1620-1621
- Multiplication des contestations juridiques  1657–1670
- Autorisés mais le temple est à rebâtir  1671 1673
- La pression catholique provoque la rupture  1677–1681
5- 1682–1686   La Révocation de l’Edit de Nantes
- Vers la fermeture du nouveau temple  1682-1683
- Fermeture en série des temples  1684
- Révocation de l’Edit de Nantes  1685
- La résistance de Vernejoul  1685
- L’abjuration de Vernejoul  1686
- Une menace : les galères perpétuelles
- Une solution pour beaucoup : l’exil 
6-   Fin du  XVII° et  début du   XVIII° siècles  
- La pression : témoignages des Protestants – Fin XVII° siècle
- La pression : les textes signés par le Roi – Fin XVII° siècle 
- La pression : les militaires et le clergé – Fin XVII° siècle
- L’obstination des Protestants – Début  XVIII° siècle
- Culte familial et pasteurs clandestins – Début XVIII° siècle
- Le renouveau : les Eglises du Désert – Première moitié du XVIII° siècle
- Le quartier de Monflanquin – Seconde moitié du XVIII° siècle
- Restructuration de l’Agenais – Seconde moitié du XVIII° siècle
7-   1787–1789   Fin  de  l’Ancien Régime   
- L’Edit de Tolérance – Novembre  1787
- L’état-civil des Protestants : Avant et après l’Edit
- La communauté des Protestants en 1789
- Les moyens de sauvegarde de la communauté protestante
8- Epilogue : Révolution, Consulat

Bibliographie

 

L'un des grands moments de l'histoire de la pensée en Europe est, sans conteste, l'apparition du protestantisme  sous ses différentes formes. (1)
 
Monflanquin a été pris dans le mouvement général très tôt. Dès les règnes de François I° (1515 - 1547) et Henri II (1547 - 1559) le protestantisme se développe en effet dans le Monflanquinois.. .
 
Cette émergence va provoquer une vive réaction des milieux catholiques, créant des tensions que la monarchie ne pourra dominer. Le Royaume va être plongé dans une longue série de guerres de religion, de 1561 à 1598, au cours desquelles  Monflanquin deviendra une des places de sûreté des Huguenots.
 
L’Edit de Nantes en 1598 ramène le calme tout en consolidant les assises de la monarchie. Les Protestants sont reconnus et ils peuvent espérer vivre en paix dans cet équilibre imposé aux deux camps par Henri IV. Ils ont ici comme gage, pensent-ils, la jurade de la ville.
 
En fait, certains d’entre eux vont reprendre les armes en 1622 contre le jeune Louis XIII. Et même si Monflanquin manifeste une forte réticence envers ce soulèvement, elle y perd ses remparts, son statut de place forte ; son emprise sur la jurade est elle-même remise en cause.
 
Lors de la Fronde, au milieu du siècle, les Protestants de la bastide vont manifester un réel loyalisme. Il n’empêche que progressivement la monarchie se rapproche des milieux dévots et que la pression catholique s’intensifie.
 
 En 1683 les Protestants de Monflanquin inaugurent leur nouveau temple, alors que les dragonnades se profilent. En 1685 l’effet du «logement des militaires» est efficace puisque la grande majorité des Protestants du Monflanquinois abjurent. La Révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV est le point d’orgue de la pesée catholique.
 
S’ouvre alors une longue période de clandestinité d’abord dans le cadre d’un culte familial restreint  puis des réunions plus étoffées de « l’Eglise au Désert». Période qui couvre la fin du XVII° siècle et largement la première moitié du XVIII° siècle pendant l’interrègne du Régent puis le début du  règne de Louis XV.
 
 Vers 1750 – 1760 la venue de pasteurs clandestins, comme Renouleau à Monflanquin, et l’évolution de l’opinion publique desserrent le collier de force passé aux Protestants. Finalement il appartient à Louis XVI de signer l’Edit de Tolérance de novembre 1787 qui restitue un état-civil aux Protestants. Acte suivi d ‘effet à Monflanquin où les mariages de nombreux Protestants sont régularisés en 1789.... date où l’histoire de l’Ancien Régime s’achève !
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1- Les débuts du Protestantisme : 1518-1560
 
Les progrès des idées de la Réforme à partir de 1518
 
Le malaise existant au début du XVI° siècle au sein du clergé et de bon nombre de fidèles, ainsi que le mouvement intellectuel de la Renaissance, stimulent les esprits et les amènent à s'ouvrir à des lectures nouvelles en matière de Bible. L'Agenais n'échappe pas à la règle.
 
Dès 1518, alors que le règne de François I° débute, le frère Thomas Illyricus, ermite de l'ordre des Cordeliers, parcourt le pays sur sa mule. Ses serments contre les mœurs dissolues et pour une religion apurée remportent un grand succès populaire dans la région. A la même époque Guillaume Farel prêche en Guyenne. (2)
 
En 1530 Gérard Roussel est pourvu de l'abbaye de Clairac grâce à la sollicitude de Marguerite d'Angoulême. Clairac devient la première capitale de la Réforme Agenaise, bientôt supplantée par Nérac sous l'impulsion de la même Marguerite d'Angoulême reine de Navarre. Nombreux sont ceux qui y trouvent refuge : Lefèvre d'Etaples, Calvin, Clément Marot….
 
Si l'on y ajoute l'apport des évêques d'Agen venus d'Italie et leur suite, dont Scaliger, on comprend que la région soit devenue un centre intellectuel important : Humanisme et Réforme sont associés, les livres imprimés à Agen en assurent la diffusion.
 
wpe35.jpg (3470 octets)Aussi n'est-il pas surprenant que l'enquête menée en 1538 à Agen par l'inquisiteur dominicain Louis de Rochette révèle qu'à cette date les idées de la Réforme sont largement répandues : Agen, Tonneins, Clairac, Gontaud, Nérac, Villeneuve, Monflanquin….
 
Plus précisément, en ce qui concerne Monflanquin, « le 18° jour d'avril de ladite année 1538 » l’Inquisiteur reçoit la déposition de noble Arnauld de Portes qui « dit qu'il peut y avoir environ trois ou quatre ans que le révélant étant en la maison de Jehan de Filhol de la présente ville, en la compagnie de Anthoine Bistorte dit Pinot du lieu de Monflanquin… lequel Bistorte avait maintenu qu'il n'y avait point de purgatoire.»
 
Autre cas révélé par l'enquête de 1538 : Sevin, titulaire du bénéfice du prieuré de Corconat et frère du juge mage d'Agen, a comme tant d'autres favorisé dans le Monflanquinois la venue de régents pour enseigner aux enfants de bonnes familles.
 
La juridiction de Monflanquin est donc touchée de façon précoce par le mouvement protestant naissant. La famille Sevin représente une couche sociale riche et puissante : la bourgeoisie de Monflanquin est partie prenante, avec ses ramifications familiales dans la région.
 
Il faut croire que l'élan du protestantisme est important puisque l'inquisiteur de Rochette gagné aux idées combattues sera rappelé à Toulouse, jugé, exécuté.
 
Dès l'édit de Paris, en 1549, le roi Henri III, qui vient de succéder au défunt François I°, prend contre les Réformés de sévères mesures, sans obtenir de grands résultats. Ainsi en 1551 un avocat de Monflanquin, M° Pierre du Thil est arrêté, par ordre du procureur général, en vertu de la dénonciation portée contre lui par deux habitants de cette ville qu'il affirme être "ses ennemis mortels". Trois sortes de crimes lui sont imputés : hérésie, congrégation illicite, port d'armes et homicide sur la personne du recteur de Mongaillard…. On ne connaît pas l'issue de ce procès (5)
 
Par contre, on sait avec précision le sort réservé à Jean Malhor, autre accusé de Monflanquin, qui sera banni après avoir eu la langue percée par un fer rouge. (4)
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Le rôle des Augustins
 
Mais le cas le mieux connu, et le plus révélateur du processus en cours, est celui du frère Guillaume Pierre. Le 26 avril 1553 le Parlement de Bordeaux rend un arrêt contre deux religieux de l'Ordre St Augustin qui ont prêché l'année précédente à Villeneuve et Monflanquin : « il est enjoint aux consuls et officiers de Villeneuve et Monflanquin de faire prendre et constituer prisonniers chacun» (6)
 
Un second arrêt en date du 8 mai 1553 porte requête contre les consuls de Villeneuve Arnault de Mothes et Jehan Caysses …  «à faute de présenter Frère Guillaume Pierre, religieux de l'Ordre de St Augustin du couvent de Monflanquin ayant prêché à Villeneuve quelques propositions hérétiques et scandaleuses contre la foi catholique». Les consuls de Monflanquin étant élargis quelques jours plus tard, dès le 8 juin.
 
Le 20 avril 1554, Frère Guillaume Pierre ayant été condamné à la dégradation, le Parlement prononce l'arrêt suivant : «La dite dégradation sera faite devant l'église St André de Bordeaux dimanche prochain entre six et sept heures».
 
L'action de ce moine appartenant à l'Ordre des Augustins est à rapprocher de celle des Augustins de Paris, Montoire et plus proche Agen…Tout aussi engagés dans la Réforme à l'exemple du Frère Marc Ricard, prieur du couvent des Augustins, emprisonné quelques années plus tôt. Les thèses du Frère Augustin Luther ne sont pas restées sans échos…
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Le rôle des régents
 
 Jérôme Cazabonne, ce béarnais que Théodore de Bèze appelle " un savant personnage». (ra.56). Régent quelque temps à Monflanquin avant d'être pédagogue de plusieurs enfants de bonne maison, Cazabonne contredit en 1555 un moine de Périgueux qui prêche le carême à Monflanquin. Le moine en question le dénonce au juge, le nommé Faure, qui aussitôt fait arrêter Cazabonne dans la maison de Paloque.
wpe36.jpg (3259 octets)
Le lendemain, assisté des consuls de la ville, il l'interroge sur le purgatoire, la salutation angélique, les images, les sacrements et sur une confrérie "Notre Dame" dite "du chapelet" introduite par les Augustins, sur la messe, l'abstinence des viandes….Pendant une audience, un vicaire de Notre Dame passe en portant le viatique, l'accusé refuse de s'agenouiller, niant la présence réelle…
 
Finalement, le consul Antoine Baile doit le traduire à Bordeaux sous peine d'amende.   Pourtant le consul le garde pendant deux mois et lui donne toute facilité pour s'évader. De même le chef de l'escorte, chargé de l'amener à Bordeaux, lui offre à plusieurs reprises de s'échapper. Toutes choses qui confirment la prise de position des représentants de Monflanquin en faveur de l'église réformée. Mais il refuse chaque fois, disant qu'il se sent appelé de Dieu pour maintenir et affirmer la vérité jusqu'à la mort.
 
Mis à la question à Bordeaux, il ne dénonce personne et il refuse de demander pardon aux saints. Le Parlement le condamne aux supplices de la claie et du bûcher. Condamnation prononcée le 14 mai 1555 et suivie de l'exécution le jour même.
 
Jérôme Cazabonne est traîné sur une claie jusqu'à la porte de l'église St André où il doit faire amende honorable. Ramené devant le Palais il y est brûlé vif. Le bourreau Guichard d'Eymier reçoit dix livres pour cette exécution; greffiers, huissiers et trompettes qui l'assistent ont plus de cents sols tournois.
 
Comme partout en France, et incidemment dans l'Agenais en raison de la proximité de Nérac, l'influence d'une génération de régents et de professeurs propagandistes des idées réformistes se fait donc sentir à Monflanquin. Comme partout ailleurs le Parlement de Bordeaux veille, prenant le relais des juridictions locales jugées trop favorables.                                                                                
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Le rôle des Consuls
 
Le 8 avril 1555 le Roi Henry II en son conseil à Paris ordonne aux huguenots de Monflanquin de s'abstenir à l'avenir de se réunir. C'est la réponse faite par Henry II au rapport que lui a adressé Pantaléon de Faure, assesseur criminel à Monflanquin, peut être le même que celui déjà impliqué dans l'affaire Cazabonne précédemment citée.
 
                        Pantaléon de Faure signale en effet que « plusieurs habitants de ladite ville,  mémement M° Anthoine de Persy, M° Jehan Girou, Anthoine Chavit, Jehan Pelard, Pierre Pelletier, un nommé ordinairement Colomb, Jehan Chassagnol, François Sarrau et plusieurs autres faisaient assemblée en la présente ville sous prétexte de religion prétendue Réformée contre les édits et ordonnances du Roy … et que s'étant transporté dans leur dite assemblée qu'ils tenaient en le logis dudit M° Anthoine de Persy il aurait remontré aux dits huguenots qu'ils faisaient mal … lesquels parlant par l'organe dudit Jehan Terrasse, qui faisait ministre, auraient répondu qu'ils prient Dieu comme il apparaît convenable à eux. S'étant transporté en la maison de ville il aurait requis les sieurs consuls pour faire exécuter la loi et que le sieur de Labanye - autrement dit Jehan de Paloque - lui aurait répondu qu'il n'était pas possible d'empêcher telles assemblées attendu qu'ils étaient les plus nombreux et les plus forts.. » (9)
 
                        La bourgeoisie, la noblesse, le pouvoir local - surtout les consuls - participent du mouvement. Il n'est pas jusqu'à Pantaléon de Faure qui ne s'en approche, lui le zélé homme de justice, en mariant sa fille Anne quelques années plus tard à Henry de Persy, sieur de Mondésir, l'un des plus dévoués protestants de Monflanquin.
 
                        Déjà cependant, comme en d'autres lieux de France, sont à signaler les premiers départs vers le refuge Suisse (12) : Contenson bourgeois de Monflanquin reçu habitant de Genève en 1555, Arquierbastier Estienne de Monflanquin reçu habitant de Genève le 7 juin 1557.
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Le 10 juillet 1559 blessé grièvement au cours d'un tournoi Henry II meurt et laisse quatre fils en bas âge. Le dauphin François II n'a que quinze ans, légalement majeur il est en fait incapable de gouverner tout seul et il donne sa confiance aux Guise, parents de Marie Stuart sa femme; ainsi des catholiques intransigeants sont au pouvoir.
 
La répression ne fait qu'accroître l'expansion du protestantisme. «La religion Réformée, dit Théodore de Bèze, commençait à prendre pied en Agenais, bien qu'en la ville d'Agen il n'y eut encore aucun ministre, ni église dressée.» 
  
Les protestants ne forment cependant majorité que dans quelques villes telles Ste Foy la Grande, Tonneins, Gontaud, Nérac, Laparade, Clairac, Tournon, Monflanquin. (2). De plus, minoritaires ou majoritaires, ils sont «bien disciplinés, audacieux, discrets, en face de la population catholique mal organisée, exposée aux surprises et aux trahisons». Cette organisation est due, en grande partie, à Calvin dont les efforts aboutissent au mois de mai 1559 à la tenue du synode de Paris qui rédige une Confession de foi et une Discipline de l'église Réformée.
 
 Les conditions d'un affrontement se précisent entre catholiques et protestants d'autant plus qu'une nouvelle génération se présente dans les rangs de l'Eglise Réformée, jeune et enthousiaste, prête à répondre à la violence par la provocation. (13)
 
Le 31 janvier 1560, dans une lettre adressée à Burie, Lieutenant Général en Guyenne, deux consuls de Monflanquin, Anthoine Lafage et Anthoine Baile, jurent au nom de leur ville obéissance et dévouement au Roy mais en même temps avouent que    «il est  bien vrai que plusieurs des habitants d'icelle ville et juridiction se sont assemblés, sans être autrement armés, dans des maisons et un temple de ladite ville pour ouïr prêcher» (9)
 
Le mouvement est assez ample pour que le synode de Clairac, en cette même année de 1560 établisse la province de Guyenne divisée en sept colloques. Celui d'Agenais en deçà Garonne est le plus important avec vingt et une églises s'étendant d'est en ouest, de Castelsagrat à Marmande, et au nord jusqu'à Monflanquin où une forte partie de la population est dorénavant acquise à la Réforme.
 
Le protestantisme agenais est ainsi fortement charpenté. Il se recrute surtout parmi les bourgeois, les artisans, les régents … Avec le début des guerres de religion le protestantisme se transformera en parti, puis en armée, et la lutte prendra une orientation nouvelle.
 
En mars 1560 la conspiration d'Amboise, organisée par Renaudie, échoue. La répression est immédiate mais volontairement limitée. La Reine mère espère pouvoir trouver un équilibre entre les deux groupes antagonistes, la nomination comme Chancelier de Michel de L'Hopital confirme cet espoir. Dans cet esprit, également, l'Edit de Romorantin au mois de mai 1560 sépare les religions et les affaires de l'Etat.
 Un nouveau rapport de Pantaléon de Faure, assesseur du Roi, rédigé en octobre 1560 donne toutefois l'impression d'une progression de "l'hérésie" à Monflanquin. Progression due aux efforts des prédicateurs et des ministres qui comme Monsieur Despuys à Monflanquin «a fait plusieurs espousailles aux maisons privées et sans observer ni garder aucune solennité de l'esglise … et aussi a fait plusieurs baptisailles d'enfans contre les prohibitions des vicaires de leur esglize…" …. "Quand mort quelcun dicelle religion …l' ensevelissent sans sonner cloches ny sans présence de aucun prêtre … sans advertir les vicaires …»
 
Il est même dit, rapporte Pantaléon de Faure, que « en ville les hérétiques ont institué une justice … un sergent … un exécuteur de justice.»
 
D'une façon plus générale, le rapport adressé par les consuls d'Agen à Burie sur l'état de l'Agenais en 1560 laisse apparaître de façon sous jacente les tensions qu'espérait voir s'atténuer Catherine de Médicis.
 
A Monflanquin même le dernier trimestre 1560 est extrêmement tendu, comme le signalent les consuls de la ville (14) :
 
- Octobre 1560, sont signalés cinq prêtres qui ont laissé leur état de prêtrise et ont pris un métier séculier …  «L'un d'iceux s'est marié …. Aussi ont   été faits des baptêmes» … «Les Réformés menacent les consuls et font prêcher publiquement dans l'église» … «ont fait fustiger une personne.»
 
- Novembre 1560, le 2 plus précisément, « comme l'on sonnait les cloches de ladite   esglize le jour de Toussaint … un prêtre et autres qui sonnaient les dites cloches furent battus et jetés hors de l'esglize .»   
 
- Décembre 1560, le 1 du mois, «par grande assemblée de personnes un religieux envoyé  par l'évêque prêcher les Avents fut empêché et battu, ensemble les consuls»…. Le 21 du même mois «Les images d'une chapelle ont été rompues, brisées et mises en pièces, de nuit, par des personnes inconnues.» … «Un prescheur, preschant audit Monflanquin a proféré plusieurs paroles contre les consécrations de l’esglise».
 
Le présent rapport, comme beaucoup d'autres, reste totalement muet sur les attitudes de la communauté catholique. Cependant il n'est qu'à lire les réactions du Parlement de Bordeaux pour comprendre qu'en ce siècle où la violence l'emporte sur l'amour de son prochain les catholiques sont peu enclins à faire une place à qui que ce soit : «Les grandes villes … et autres lieux de ce ressort commencent grandement à s'éloigner de la parole de Dieu et de son église … De l'avis du Parlement il faut agir sans faiblesse et sans retard afin d'éviter grande effusion de sang.» (15)
 
Le 5 décembre 1560 François II meurt et son jeune frère Charles lui succède, alors qu'il est encore mineur. La Reine Marie de Médicis  assure la régence avec l'aide de Michel de L'Hopital.
 
La régente espère toujours éviter l'affrontement alors que sur le terrain les tensions continuent à monter.
 
C’est dans ce contexte que les consuls de Monflanquin se déplacent à Agen le 31 janvier 1561 pour se présenter devant Burie pour lui dire : «Nous certifions que lad. Ville et plusieurs d’icelles de lad. Juridiction et nous aussi sommes très humbles et très obéyssants du Roy».
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2- Les guerres de Religion : 1561-1598
 
En   effet en 1561 dans le Sud-Ouest, en 1562 dans le Nord, puis dans la plupart des contrées du royaume de France des troubles  amorcent le long cycle des guerres de religions. Le protestantisme monté en puissance dans les premières décennies du XVI° siècle va affronter l’emprise du  catholicisme dominant dans le royaume (16).
 
Huit guerres vont se succéder au cours de ces années qui mènent de 1562 à 1598, avec autant de traités de Pacification qui vont tenter de trouver un équilibre entre les deux religions en présence. En vain, car chaque fois les affrontements reprennent avec autant de violence. Dans ce contexte Monflanquin va traverser des moments difficiles (16b)
 
C’est seulement en avril 1598 que l’Edit de Nantes est signé par Henri IV, mettant fin à trente six ans d’affrontements sanglants.
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- Première guerre : passage de Monluc 1561 - 1563
 
L’année 1561 marque le passage de ces tensions de plus en plus vives à un état de rejet total de part et d’autre. Le signal vient de Cahors où le 16 novembre dix huit protestants sont massacrés. L’émotion est vive dans toute la région. (2)
 
Le dimanche 23 novembre, dans ce climat extrêmement tendu, le baron François I° de Fumel entre à cheval dans le temple de Condat en plein  office ; il est obligé de se réfugier dans son château pour échapper aux protestants furieux qui le poursuivent. Bientôt les cloches environnantes rassemblent près de deux mille personnes venues de toutes les paroisses environnantes, dont celle de Monflanquin. Le lendemain 24 au matin le baron apparaît sur son balcon ; erreur fatal car il est blessé d’un coup d’arquebuse.... La porte de son château est brûlée, les assaillants se précipitent et l’égorgent. Cette affaire a
aussitôt un énorme retentissement et dès le 25 décembre une lettre de cathepsine de Médicis, à l’épouse du défunt, annonce des représailles. Dans le Sud-Ouest vient de commencer la première guerre de religion avant même que le massacre de Vassy n’ouvre les hostilités dans le nord.
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Le roi Charles IX fait appel au seigneur Blaise de Monluc qui, après être passé par Villeneuve, arrive devant le château de Fumel le 6 mars 1562 ; là il entreprend une action punitive sans concession. Ensuite il se rend à Cahors où il amnistie au contraire les catholiques responsables de la mort de huguenots... En avril, il glisse vers Villefranche de Rouergue, où il fait exécuter des prisonniers huguenots, avant de revenir le plus vite possible vers Agen. ( 18)                 
 
En effet la prise d’Agen par les protestants en avril a produit un grand effet dans l’Agenais où un grand nombre de villes se sont déclarées pour le prince de Condé ; parmi lesquelles   Port Ste Marie, Nérac, Villeneuve, Penne, * Monflanquin....
 
La région largement passée aux protestants, Burie lieutenant de Monluc s’empresse de rejoindre Bordeaux et Monluc de passer la Garonne... Le 8 mai le capitaine Charry, envoyé pour s’emparer de Puymirol, est attaqué et défait chemin faisant par les garnisons de Penne et Monflanquin. (19)
 
En août, après avoir dégagé Toulouse et Bordeaux, Monluc reparaît en Agenais et s’installe à Agen que viennent de quitter les troupes protestantes de Duras. Une fois  cette base assurée il se tourne vers l’est... Au cours de ce mouvement opérationnel son lieutenant Burie  occupe Monflanquin dont se sont retirées les troupes huguenotes installées là depuis avril. Mais ce mois d’août 1562 est essentiellement meurtri par le massacre des habitants de Penne , ce dont se glorifie Monluc dans ses mémoires.... Le mardi 6 octobre Monluc fait étape à Montagnac près de Monflanquin sur la route de Vergt où, au terme d’une campagne foudroyante, il va surprendre puis défaire Duras et les huguenots.
 
Le 18 mars 1563 est signé l’édit de pacification d’Amboise mettant un terme à la première guerre de religion. Le roi reconnaît la liberté de conscience à tous ses sujets, mais restreint la liberté de culte à une ville par Sénéchaussée : Villeneuve pour l'Agenais. Sans pour autant pouvoir l'empêcher là où les protestants sont en nombre comme à Monflanquin, tout en provoquant leur mécontentement (20)
                                                                                                                                                                                      Haut de page
 
- Seconde  guerre : emprise de Monluc 1567 - 1568
 
De 1563 à 1567, une certaine détente fait suite à l’édit de pacification d’Amboise : Monluc travaille à faire respecter la paix. Il met fin à la confédération catholique qu’il avait fondée... Monluc se flatte dans ses mémoires du maintien de l’ordre en  Guyenne pendant cinq ans, grâce à sa poigne, en oubliant de rappeler que l’accalmie est générale dans le royaume...
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Cette paix n’est qu’une trêve dont  la reine profite pour entraîner son fils Charles IX à travers la France, et plus particulièrement en Agenais en 1565, pour raffermir l’autorité monarchique.
 
En septembre 1567 Condé porte la responsabilité de la rupture. Son coup de main à Meaux pour se saisir du roi et de sa mère échoue mais une révolte générale éclate dans les vallées de la Loire et du Bas Rhône. Les opérations militaires se concentrent autour de Paris. Pendant ce temps, Monluc assure la garde de l’Agenais au profit des catholiques. Monflanquin reste dans l’expectative, comme tant d’autres villes du Sud-Ouest.
 Le 23 mars 1568 la paix de Longjumeau rétablit l’édit d’Amboise sans limites ni restrictions. Cependant, signe inquiétant, le chancelier Michel de l’Hôspital, ardent défenseur d’une politique modérée, est renvoyé.. Chacun reste donc sur ses gardes. Sur le plan local les Monflanquinois continuent à pratiquer leur culte sur place. *de Bellecombe (27b) donne Armand Caumont de Piles, comme gouverneur à la fois de Bergerac et de Monflanquin au nom  des Protestants.
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- Troisième guerre : Monluc et Thoiras 1568 - 1570
 
En liaison avec les événements des Pays Bas où le duc d’Albe fait régner la terreur, la réaction catholique se développe en France. Par deux édits, de septembre et décembre 1568, le roi accorde la liberté de conscience mais défend tout exercice d’autre religion. C’est une véritable déclaration de guerre, les protestants ne s’y trompent pas et regroupent leurs forces à la Rochelle.
 
                        Monluc organise l’Agenais en multipliant déplacements et injonctions épistolaires pour prémunir la région contre les coups de mains huguenots. Ses marches et contremarches l’amènent par deux fois à Monflanquin.
 
En février 1569, apprenant que l’armée des vicomtes huguenots est en Quercy, Monluc fait route pour Cahors en passant par Monflanquin. Le 16 février depuis cette ville où il vient d’arriver il écrit à de Lalande, gouverneur d’Agen « Monsieur mon cousin... je vous prie d’avertir toutes les villes et villages que, incontinent que l’on verra des ennemis , l’on fasse le tocsin partout et leur courir sus, et leur mander que chaque paroisse  élise un chef.. ».. Quelques jours plus tard, le 27 février, il signe une commission qui réitère ses ordres ; après quoi il sort de Monflanquin pour gagner le Quercy.
 
Le 6 mars 1569 ayant reçu l’ordre de combattre Piles, l’un des chefs du parti huguenot, Monluc après un court passage à Cahors revient en deux jours à Monflanquin pour   rassembler ses forces. Monflanquin une fois de plus est  pressurée : en effet la propre compagnie de Monluc et les cinq compagnies de son fils coûtent cher en « logement militaire » car il faut « administrer logis et vivres à peine de désobéissance ».....
 
Manquent à l’appel les troupes de Saint Orens et Lauzun car les messagers recommandés par les consuls de Monflanquin n’ont pas porté de nuit les messages comme ils s’y étaient engagés. De plus les mêmes consuls ont averti Piles de la volonté de Monluc de s’avancer vers lui dès le lendemain... Même si Monluc précipite volontairement le mouvement, Piles averti peut se dégager en portant des coups sévères à Monluc qui note : « que nous puissions ainsi tenir des espions parmi eux comme ils font parmi nous ... nos affaires s’en porteraient mieux. J’eusse été averti des nôtres, comme ils le sont des leurs, de la retraite que fit monsieur de Piles et je l’eusse défait fort facilement »...
 
Monluc, à la poursuite de Piles, s’éloigne donc de Monflanquin pour aller reprendre Ste Foy la Grande. Profitant de cet éloignement, les troupes huguenotes venant de Bergerac occupent Villeréal, échouent devant Castillonnès. Au cours de cette opération, fin juin (21), *Thoiras S , seigneur de Cahuzac, s’installe à Monflanquin (·  Selon Lauzun il ne peut s’agir de Thoiras seigneur de Cahuzac qui appartient à une famille profondément catholique. La question reste sans réponse préciseSe) ;. ses hommes investissent l’église et  le  couvent  des  Augustins qu’ils  incendient ,   en  même  temps  ils  jettent  les dépouilles  des  moines  tués  dans  le ** puits de la rue  Ste Marie.**   la  tradition locale a gardé le nom de « lou pout del frays » à ce puits aujourd’hui éliminé pour  faciliter la   circulation .  Les pierres récupérées du couvent détruit vont servir à élever des éperons, redoutes et autres pièces de fortifications.(6)
 
                        Le  8 août  1570  la  paix  de St Germain,  comme l’édit   d’Amboise  qui  sert décidément de référence au fil des années, assure aux protestants la liberté de conscience et la liberté limitée de culte. S’ajoute l’octroi de quatre places de sûreté (la Rochelle, Montauban, la Charité, Cognac).... Monflanquin compte sur ses remparts renforcés depuis le passage de Thoiras. Cependant la guerre laisse de plus en plus de traces profondes.
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- Quatrième guerre : La nuit de la St Barthélemy 1572 - 1573
 
La fin de l’année 1570 et toute l’année 1571 sont relative-ment calmes en Agenais. La pays a besoin de tranquillité pour panser ses plaies. D’autant plus qu’après un hiver  1570-1571 rude, le printemps est fort pluvieux. « Tous les éléments semblent conjurés pour aggraver les désastres de la guerre civile ». (22) Le roi Charles IX prescrit des enquêtes sur les dévastations et massacres survenus dans la région au cours des années précédentes, enquêtes qui font apparaître un pays meurtri et ruiné. Ce dont témoignent encore aujourd’hui les murs et la rupture de styles des églises reconstruites après coup.
 
Le 24 août 1572, la nuit de la St Barthélemy est marquée par l’exécution systématique des huguenots de Paris ; exemple suivi d’effet dans les grandes villes de province. Rien n’indique cependant dans les écrits contemporains qu’il en fut de même dans l’Agenais et par voie de conséquence à Monflanquin où d’ailleurs les huguenots sont en position dominante donc en mesure de se défendre le cas échéant.
 
La noblesse huguenote, durement éprouvée, la démocratie protestante revient au premier plan ; magistrats urbains et pasteurs organisent la résistance dans l’ouest et le midi : la Rochelle, Sancerre, Nîmes subissent en effet les assauts des troupes régulières.
 
Le 6 juillet 1573, l’édit de Boulogne met fin à cette quatrième guerre. La liberté de conscience est confirmée à tous les protestants, mais la liberté de culte n’est autorisée qu’à la Rochelle, Nîmes, Montauban. Il y a là recul aux yeux des Réformés. Aussi dès le mois d’octobre les bruits de guerre deviennent plus pressants et le pays est sillonné par des compagnies des deux partis. En décembre les huguenots à l’Assemblée politique de Millau approuvent la mise en place des Provinces Unies du Midi et proclament, officialise en fait, la saisie du temporel de l’église romaine (13).        
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  - Cinquième guerre : Monflanquin bastion Huguenot 1574-1576
 
A partir de janvier 1574 catholiques et protestants renforcent leurs positions respectives par l’installation de troupes dans les villes agenaises. De Losse arrive le 9 juin à Villeneuve et annonce (9) au conseil de guerre  la  mort de Charles IX survenue le 30 mai 1574.
 
Le 21 juin 1574 Geoffroy de Vivans s’empare de Monpazier, tandis que la bastide de Monflanquin est prise le 31 juin par le sieur de Boudou. Aussitôt le sénéchal François de Durfort et Jean Levezou de Vesins accourent pour la reprendre. Ils sont en passe d’y parvenir lorsque Vivans et Langoiran, gouverneur du Périgord pour ceux de la Réforme, se jettent dans cette place avec deux mille hommes ; ils mettent les catholiques en pleine déroute. Cent vingt gentilshommes tombent entre leurs mains ; généreusement Vivans leur rend la liberté sans rançon, à condition de ne plus reprendre les armes contre les Réformés.. (9) plusieurs vont s’enrôler dans ses compagnies
 
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A peine installés dans la bastide les protestants prennent en main la jurade en imprimant leur marque. D’une part ils nomment six consuls huguenots, c’est à dire la totalité de la jurade et d’autre part cette nomination a lieu dorénavant à la St Michel, c’est à dire le 29 Septembre, et non plus le 15 Août comme le faisaient les catholiques.... L’année 1574 est donc marquée par un renversement brusque de la représentativité des communautés présentes dans la juridiction. Pour garantir leur succès les protestants préfèrent soutenir l’autorité des six consuls par la nomination d’un gouverneur en la personne de M° de Boudou... Dés l’année suivante la charge de premier consul sera rétablie au profit de Duthil Jean sieur de l’Oustalnéou, un Duthil comme M° de Boudou  lui-même. Sans que disparaisse le titre de gouverneur.
 
            Le 12 novembre 1574, « Constitution du Procureur par Denis de Thil, écuyer, seigneur de Boudou, gouverneur de la ville de Monflanquin sous l’obéissance de Langoiran. Pierre Pontes seigneur de la Rivière reçoit mission de la représenter à l’assemblée qui se tiendra à Montpellier le 25 novembre, d’offrir ses services à Damville et de souscrire en son nom à tout ce qui sera décidé pour la défense commune ». (10)
 
De cette assemblée l’histoire n’a pas gardé trace. En revanche celle qui se tient à Nîmes, de décembre 1574 à janvier 1575, et voulue par le même Damville, a laissé plus de souvenirs : les Provinces Unies du Midi se constituent en véritable État ; la réponse de Monflanquin sur cette disposition n’est pas connue, même si ses sympathies pour Damville sont patentes.
 
En février 1575, Henri III, sacré roi de France, se déclare hors d’état d’intervenir en Agenais. C’est dans ce contexte de véritable scission du Royaume qu’Henri de Navarre s ‘échappe de la Cour Royale le 3 février 1576 pour se diriger vers Agen....
 
Le 6 mai 1576, la paix de Beaulieu, dite paix de Monsieur, réhabilite les victimes de la St Barthélemy, autorise le culte protestant dans toutes les villes et lieux du  royaume sauf à Paris, accorde huit places de sûreté, institue des chambres mi-parties dans chaque Parlement. Si tous les  protestants, et particulièrement ceux de Monflanquin maîtres de la place, peuvent être satisfaits c’en est trop aux yeux des catholiques du royaume qui se regroupent au sein de la première Ligue dite de Péronne.
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- Sixième guerre : Monflanquin s’affirme 1576-1577
 
Le 26 juin 1576 éclate, à l ‘assemblée préparatoire des États Agenais, un incident soulevé par les délégués de treize juridictions, protestantes ou catholiques unies en la circonstance « contre les syndics du pays ».
 
 Puisque le Sénéchal d’Agenais maintient la représentation à  un seul député, les consuls de ces villes veulent élire comme représentant « un de leur union et religion »... Monflanquin participe de ce mouvement à l’allure nicomédiste sur le plan religieux.
 
Aux États Généraux de Blois convoqués en novembre 1576  la Ligue mène en fait le débat, au point que le 6 janvier 1577 Henri III révoque le récent édit de Beaulieu et déclare qu’il ne tolère plus en son royaume que la seule religion catholique. C’est une véritable déclaration de guerre aux protestants.
                       
D’abord depuis Agen ensuite depuis Nérac, Henri de Navarre redevenu protestant assure la défense de la Guyenne. Menée sans argent et marquée surtout par des succès catholiques la guerre aboutit à la paix boiteuse de Bergerac le 17 septembre 1577.
 
Le 8 octobre la paix est consolidée par la signature de l’édit de Poitiers qui, tenant compte du rapport des forces, restreint les libertés accordées précédemment : le culte peut être pratiqué seulement dans les faubourgs d’une ville par bailliage, les protestants perdent la moitié des chambres mi-parties et ne gardent que pour six ans leurs huit places fortes.
 
.  A   Monflanquin cependant les protestants restent  *maîtres de la situation : depuis 1574 et pour quelques décennies ils nomment les consuls choisis uniquement dans leur communauté (24). (*Selon Bellecombe  sont  gouverneurs à  Monflanquin  pour  Henri de Navarre  (27b) :   -1577 François de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne  -1579  Jacques de La Force, futur duc de La Force.)       De plus en contrevenant aux édits ils utilisent l’église, fortement endommagée, comme temple au lieu d’être dans les faubourgs.                                                                                                                                                     Haut de page
                                                                                                                                   
 
- Septième guerre : Monflanquin conforte les positions - 1580
 
Le désordre est tel sur l’ensemble du territoire que la reine mère, Catherine de Médicis, signe un accord avec Henri de Navarre le 28 février 1579 à Nérac, afin de pouvoir se consacrer à une reprise  en   main    du   royaume. Et  pourtant  la  septième      guerre   « la guerre des Amoureux » est décidée, peu après, à la légère par Henri de Navarre et la Cour de Nérac. Cette guerre tourne rapidement à la confusion de ses auteurs.
 
Au départ de ce conflit une lettre de Henri III  à Henri IV sur une liaison de la reine Marguerite.... Le début du roi de Navarre en mai 1580 est brillant avec la  prise de Cahors. Les responsables protestants ont un nouveau chef ; le prestige de sa victoire est si grand qu’ils le nomment aussitôt  protecteur de leur  Eglise.  Mais le peuple huguenot ne suit pas, car rien ne justifie à ses yeux cette guerre des Princes ; aussi  les suites ne répondent pas à ce premier succès. Henri IV, mal soutenu par l’ensemble des  Huguenots, échoue presque partout ,  notamment devant Blaye.
 
La paix de Fleix le 26 novembre 1580 rétablit sensiblement les dispositions obtenues à Nérac l’année précédente : quinze places sont reconnues aux protestants, mais seulement pour six mois. La liberté de culte n’est pas accordée au-delà de ce qui était reconnu auparavant. (7)              
 
Monflanquin va donc continuer à pratiquer le culte protestant, limitant semble-t-il   l' extériorisation catholique.... Par ailleurs cette guerre a été trop courte pour que Monflanquin ait eu à en souffrir militairement. Cependant la situation économique est des plus préoccupantes car la guerre coûte cher, sans compter les difficultés à mettre en valeur les champs environnants et à faire circuler les marchandises.
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- Huitième guerre : Henri de Navarre et Béthune 1585 - 1598
 
   Quelques années de paix et en 1584, à  la mort du Duc d’Alençon , Henri de Navarre devient héritier présomptif de la couronne. La Ligue réagit aussitôt, sa pression  amène rapidement le roi à signer le 7 juillet 1585 le traité de Nemours qui revient aux décisions lointaines de Henri II : interdiction de tout culte protestant et expulsion de tout protestant qui n’aura pas abjuré. (25) C’est aux yeux de tous une nouvelle déclaration de guerre !
 
En ce même mois de juillet Henri de Navarre se déplace de Nérac à Bergerac et fait étape le 28 à Monflanquin alors qu’il se rend de Bergerac à Montauban (26). Il y couchera à nouveau du 15 au 18 novembre alors qu’il revient à Bergerac d’où le 30 de ce mois il répond fermement à la prise de position du roi.(27)
 
Sur le terrain trois protagonistes s’affrontent : les royalistes, leurs alliés les Ligueurs dont la ville d’appui devient Agen avec bientôt pour ardent partisan le nouvel évêque Nicolas de Villars,   les protestants dont Monflanquin est un des plus sûrs piliers.
 
La guerre, durant l’année 1586, se manifeste par des escarmouches fréquentes autour d’Agen tandis que les troupes du roi de Navarre parcourent le pays par bandes réduites mais très mobiles....
 
 Le 6 mars, Henri de Navarre envoie Vivans à Monflanquin pour  intercepter Matignon annoncé en route vers Villeneuve : « Monsieur de Vivans... je vous ai voulu faire ce mot pour vous prier que demain vous montiez à cheval .. prenant votre chemin vers Monflanquin et Gavaudun... votre bien affectionné maître et parfait ami... Henry ».  Cette façon de procéder signe le début d’une guerre faite essentiellement d’une série de sièges des petites places dans l’Agenais...
 
Fin juillet, c’est au tour des catholiques de se lancer vers Monflanquin. Venant de Castillon, leur cavalerie légère se heurte  sur son chemin à Béthune gouverneur d’Eauze et de Monflanquin, parent de *Sully, (*Sully est présenté par de Bellecombe, dans son  « Aide-Mémoire de l’Agenais » (27b), comme gouverneur de         Monflanquin  en 1685.  Il  fait une confusion   avec son  parent  Béthune.)
L’affrontement est rude entre la soixantaine de huguenots et les deux cents lances de leurs adversaires. Comme le lieu du combat est étroit le péril est pour les chefs, en tête de leurs équipages respectifs : Béthune est l’une des victimes de ce combat (28)...
 
 Henri de Navarre enverra à son épouse une missive de réconfort : « L’amitié que j’ai portée à feu votre mari qui a pris sa première nourriture avec moi, et la souvenance que j’ai de sa valeur (outre le regret que j’ai de l’avoir perdu) ... Votre affectionné et meilleur ami, Henry ».(29)
 
Début 1589, peu après l’assassinat des Guise fin décembre de l’année précédente, Henri III se rapproche de Henri de Navarre. Le I° août Jacques Clément frappe mortellement le roi qui a reconnu Henri de Navarre comme son successeur. Les protestants et les royalistes se retrouvent dorénavant face aux Ligueurs qui refusent la succession prévue. Dans ce contexte le vicomte de Foncaude, gouverneur de Villeneuve et très favorable aux Ligueurs, fait appel aux jésuites pour prêcher le Villeneuvois ; lui-même maintient sous haute surveillance Penne et Monflanquin (22).
 
Henri de Navarre pour gagner à sa cause les protestants, parfois restés dans l’expectative à son égard, réorganise en 1592 le culte dans le Sud-Ouest. Il assure à tous les ministres établis une pension annuelle de 200 livres, somme que va toucher Jean Fréron à Monflanquin.
 
En 1594 , après le sacre du 27 février de Henri IV à Chartres, les Réformés de Guyenne, fâchés de l’abjuration de Henri, se réunissent à Ste Foy la Grande et décident de continuer la résistance. Décision non suivie d’effet car finalement le ralliement s’opère, plus ou moins dans l’enthousiasme, sous la pression des troupes de **charles de Monluc (charles de Monluc petit-fils du redoutable Blaise de Monluc  mort en 1570 à Estillac. Selon Bellecombe (27b) :  Charles de  Monluc est  en  1595 gouverneur de Monflanquin.) nommé sénéchal par le roi. (18)
 
La situation générale d’ailleurs n’a rien d’enthousiasmant et reste très préoccupante. Le mouvement des « croquants » ou « tard avisés » regroupe dans le Quercy, le Périgord et l’Agenais les paysans soulevés contre le fisc, les rentiers et les exactions. Car si les deux partis ne se combattent plus, les gens de guerre n’en pèsent pas moins sur le pays déjà exsangue. Le Parlement de Bordeaux est obligé dès le mois de juin de fulminer un arrêt contre « les voleurs et exacteurs qui pillent les bestiaux et enlèvent des prisonniers ». Les communautés d’habitants reçoivent l’autorisation « de leur courir sus et de les tailler en pièces ».
 
Enthousiaste ou non, à l’égard de Henri IV, Monflanquin en décembre est pour  le moins  satisfaite de  recevoir de  lui,  conformément   à  l’édit  en dix  sept articles du  17 mai par lequel  il accorde son pardon en échange du ralliement,  en même temps que confirmation des privilèges de la ville ,  « ... d’élire  pour  chacun  an  le  jour   de   fête  de  St Michel six consuls pour avoir la charge d’administration de ladite ville durant ladite année avec pouvoir de porter chaperons et livrée comme font les consuls de notre ville d’Agen.... avec pouvoir pour lesdits consuls élire par chacun an l’acesseur de bailliage de la ville   et... nommer six jurats de six  quartiers  pour  lever  nos  deniers  sans   en prendre aucun salaire ... Donné à Paris au mois de décembre de l’an de grâce mil V° quatre vingt quatorze et de notre règne le 6°.. » (31).
 
Peu après, s’ouvre une nouvelle phase de la huitième et dernière guerre de religions : l’intervention de l’Espagne en date du 17 janvier 1797... Tout le Sud-Ouest et Monflanquin y sont étrangers puisque les combats se déroulent vers le Nord autour d’Amiens. ... Finalement les deux États épuisés financièrement signent la paix de Vervins  le 2 mai 1598.
                       
La pacification militaire achevée, suit la pacification des esprits. Dès avril 1598 Henri IV signe l’édit de Nantes. Si la liberté de conscience est pleinement octroyée aux huguenots, l’exercice de leur culte est autorisé avec certaines restrictions : « le libre exercice de la Religion Réformée est admis dans tous les lieux où les précédents édits permettaient d’ériger des temples, et partout où la pratique en était acquise, en août 1797 ». Agen reste frappée d’interdiction jusqu’à une demi-lieue de ses murs, de même que Marmande et Villeneuve... L’article 31 prescrit l’établissement, à Bordeaux et à Nérac, de Chambres de Justice mi-parties se composant chacune de deux présidents et de douze Conseillers... Toutes les charges et dignités sont accessibles aux membres des deux religions... Des places de sûreté, dont Monflanquin, sont concédées aux protestants.... Qui plus est cet Édit est déclaré « perpétuel et irrévocable ».(25) 
          
L’enthousiasme là non plus n’est pas au rendez-vous. L’enregistrement de ce texte par le Parlement de Bordeaux est l’objet de réticences. Une fois accepté par les Parlementaires, les seigneurs de la Force et du Refuge sont nommés commissaires pour en assurer l’exécution en Agenais.
 
*                       *
*
                       
Plus de trente ans de guerres c’est à dire  d’assauts, de destructions, d’incendies, de pillages laissent exsangues la région et la bastide de Monflanquin. Pendant toutes ces années, la violence   s’est développée entraînant les uns et les autres dans des agressions chaque fois plus furieuses en réponse à d’autres agressions humainement aussi insupportables. Au total, le prix payé  par les  populations locales,  pour  prendre  en  compte certaines évolutions, est élevé :
 
Les Monflanquinois découvrent dès 1562, avec les démonstrations faites par Monluc, qu’une petite  place forte comme la leur n’est plus un abri aussi sûr que quelques décennies plus tôt,  pendant la guerre de cent ans. Elle ne peut résister aux progrès de l’artillerie, d’autant moins que les remparts ont été mal entretenus.
 
Monflanquin n’en devient pas moins une bastide protestante, surtout  à partir de 1574 où les huguenots imposent leur présence tant sur le plan religieux qu’administratif et politique. L’environnement n’est pourtant pas favorable avec Cancon, Villeréal, Castillonnès et Villeneuve acquises au catholicisme.
             
L’Edit de Nantes, en 1598, conforte l’autorité de la monarchie. Sur le plan religieux, il vient s’ajouter à toute la série de traités de pacification signés par le pouvoir tout au long des Guerres de Religion. Il s’agit pour les contemporains de savoir comment il sera appliqué.
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3- L’Edit de Nantes et la jurade : 1598-1601
 
- L’Edit de Nantes  1598
 
L'édit de Nantes, ainsi qu'on l'appelle couramment, comprend en réalité quatre textes distincts, dont la ratification s'échelonne d'avril à mai 1598 :
1/ Un premier brevet promet une subvention annuelle pour les besoins du culte protestant.
- 2/  Vient  ensuite   l'édit    proprement   dit  qui  est " perpétuel et irrévocable".
- 3/ A cela s'ajoute un second brevet qui assure aux protestants une organisation militaire.
- 4/ Enfin un ensemble d'articles particuliers dits " articles secrets" d'une portée plus limitée.
Pour sa mise en œeuvre le représentant du Roy nomme deux commissaires : Jacques Caumont de la Force pour les protestants et Eustache de Refuge pour les catholiques.
 
Si la liberté de conscience est pleinement octroyée aux huguenots, l’exercice de leur culte est autorisé avec certaines restrictions : « le libre exercice de la Religion Réformée est admis dans tous les lieux où les précédents édits permettaient d’ériger des temples, et partout où la pratique en était acquise, en août 1797 ». Agen reste frappée d’interdiction jusqu’à une demi-lieu de ses murs, de même que Marmande et Villeneuve ... L’article 31 prescrit l’établissement, à Bordeaux et à Nérac, de Chambres de Justice mi-parties se composant chacune de deux présidents et de douze Conseillers ... Toutes  les  charges  et  dignités  sont  accessibles aux membres des deux religions ... Des places de sûreté, dont Monflanquin, sont concédées aux protestants.... (32)
 
Il appartenait aux différents Parlements du royaume d'adopter cet ensemble de textes, de façon qu'il devienne exécutoire sur l'ensemble du territoire. Les magistrats bordelais font la sourde oreille car la préface de l'édit semble cautionner la relativité des religions. Finalement le 27 janvier 1600 le Parlement de Bordeaux enregistre l'édit, en assortissant ce geste de bonne volonté de protestations de loyauté et d'affection. Le 17 avril 1600 Henry IV écrit aux commissaires de se mettre à la tâche. Reste à organiser la chambre mi-partie; les membres en sont nommés par lettre patente en juin 1600. Son installation a lieu à Nérac le 22 mars 1601.
 
Les affaires les plus pénibles sont sans doute celles qui concernent les sépultures. De nombreuses difficultés d'interprétation marquent l'article 45 des articles secrets, portant sur les cimetières. Les huguenots persistent à demander l'ensevelissement de leurs morts dans les mêmes cimetières que les catholiques, tant qu'ils n'ont pas un emplacement spécifique.
 
D'une façon générale, la situation des huguenots est inégale dans la région. A Bordeaux, ville qui compte une communauté importante, les tracasseries sont constantes et des incidents éclatent dans les mois et les années qui suivent. Dans le reste du ressort, Agen marquée par la Ligue accepte de mauvaise grâce un culte de concession à Boë par contre Bergerac, place de sûreté, jouit d'un culte de possession indiscuté. A Monflanquin, place de sûreté également et plus précisément "ville libre royale" à l'abri de ses remparts, les huguenots paraissent maîtres de la situation si l'on en juge par leur prise en main de la jurade.
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- Fonctionnement de la jurade à Monflanquin
 
L’analyse de la liste des Jurats de Monflanquin sur une trentaine d’années donne quelques indications intéressantes sur le fonctionnement de la jurade de Monflanquin les années précédant l'édit de Nantes et celles qui suivent. 
1°- Le nombre de six consuls : Les six consuls sont prévus dès la mise en place de la Bastide. En effet la charte de 1256 prévoit en son article 13 : « les consuls de ladite ville seront renouvelés chaque année, le jour de la fête de l’Assomption. Nous, ou notre bayle, devrons ce jour là : élire et installer six consuls catholiques choisis parmi les habitants de ladite ville que nous jugerons et estimerons les plus honnêtes et les plus utiles aux intérêts de la communauté et aux nôtres ».(34)
 
La liste de 1574 à 1616 atteste que ce nombre de six consuls est encore respecté trois siècles après.
 
Le renouvellement annuel des consuls : Autre disposition prise en 1256 et toujours en pratique aux XVI° et XVII° siècles : le renouvellement annuel des consuls.
 
Le texte initial est toujours appliqué à la lettre puisque les consuls sont intégralement remplacés chaque année, sans que les consuls sortants aient le droit de revenir à la jurade l’année même de leurs descente de charge. Il leur faut attendre au moins un an avant de penser à un retour.
 
Une exception pourrait confirmer la règle. La présence de Sarrau Jean en 1601 et 1602. A cela près que les Jean sont pléthore dans la famille Sarrau (35) ; ce que prouve d’ailleurs l’année 1593 où deux Sarrau Jean se retrouvent inscrits en même temps. Il est dès lors logique d’avancer que l’exception est illusoire et que nous nous trouvons en présence de deux Sarrau différents en 1602, dans le respect de la règle intangible.
 
Le renouvellement à l’Assomption : L’article 13 stipule que le renouvellement s’effectue à l’Assomption c’est à dire à la mi-Août. La mention qui accompagne le relevé de 1574 laisse à penser qu’il en va toujours de même jusqu’en 1574.
 
«Catalogue des consuls qui ont été élus après la prise de Monflanquin qui fut le dernier d’Août de l’année 1574. Dans la même année et le jour de la St Michel furent élus discrètes et honorables personnes.»   
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1574

M° de Boudou  gouverneur

Sarrau Guillem

Rayac Antoine

Calcat François *

Bequays Jean *

              1575

Dutil Jean sr de Oustalnéou

Cubertou Jean

Martin Pierre médecin

Gittarou François *

Contenjou Bernard *

Quayroze Géraud *

        1576

Lamotte André

Jugye Pierre

Canet Pierre *

Pauty Antoine *

David Jean *

Boyé Jean *

1577

Bequays Jean [74]

Pauly Pierre [74]

Andrieux Pierre *

Quayroze Antoine *

Dellair Géraud *

Canet Pierre [76 ? ]

                1578

Calcat François [74]

Gilbert Pierre *

Faur Jean

Gitarou François [75]

Contenjou Bernard [75]

Quayroze Géraud [75]

              1577

Bequays Jean [74]

Pauly Pierre [74]

Andrieux Pierre *

Quayroze Antoine *

Dellair Géraud *

Canet Pierre [76 ? ]

1579

Bequays Elie

David Jean [76]

Boyé Jean [76]

Calcat Pierre

Bru Jean *

Contenjou Jean

1580

Canet Pierre [76,-77 ?]

Andrieu Pierre [77]

Dellair Géraud [77]

M° Vergnes Jean *

Lafage Antoine *

Fournié Guillem

               1581

Pauly Pierre [74,77]

Gitarou François [75,78]

Pauty Antoine [76]

Quayroze Antoine [76]

Fort Guillem *

Lafage Pierre

Lafage Antoine *

Fournié Guillem

     1582

les sus-dits consuls, à cause de l’édit du Roi, furent élus et demeurèrent en charge quinze mois ; finissant l’année 1582.

1583

Gilbert Pierre [78]

Fau Jean *

Quayroze Géraud [75,78]

Dallat Jean

Gardés Etienne

Costes Antoine

               1584

Martin  Pierre - médecin

Bessoly  Jean *

Boyé  Jean [76,79]

Raynal  Jean *

Ducondut  Pascal *

Dubreilh  Pierre *

              1585

M° Bequays  Elie *

Pancot  Guillem

Lafage  Antoine [80]

Passalaygue  Jean *

Canet Etienne *

Védrine  Guillem *

1586

Pauly  Pierre [74,77]

David  Jean

M° Quayrose A.[75,78]

M° Vergnes Jean [80]

Raynal Antoine

Gardés  Jean

1587

M° Gilbert  Pierre [78]

Quayrose  Géraud *

M° Pauty  A.[76,81]

Raynal  Jean [84]

Ducondut  Pascal *

Fort  Guillem [81]           

         1588

M° Bessoly  Jean [84]

Gitarou  François [75,78,81]

Delhut  Geraud *

Dubreilh  Pierre [84]

M° Dumons  Jean *

Marty  Etienne

                        

             

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- Les changements de 1574
 
En 1574 la ville de Monflanquin est donc tombée aux mains des Protestants qui s’assurent la direction de la jurade par une nomination de consuls, à la St Michel c’est à dire le 29 Septembre et non plus le 15 Août.
 
Le renouvellement à la St Michel :   Cette date décalée par rapport aux instructions de la charte qui prévoyait l’Assomption, semble être devenue la référence à la place de la précédente.
 
En effet une décision royale prise en 1582 précise « les susdits consuls (de l’an 1581), à cause de l’édit du Roi, furent élus  pour être continués jusqu’au 1° janvier, auquel jour l’élection des consuls de la présente ville se devait faire conformément au susdit édit, et partant demeurèrent en charge quinze mois »....(32)
 
Pour qu’il y ait quinze mois au 1° janvier il faut bien que la St Michel soit restée après 1574 la date de changement des consuls. L’hypothèse a le mérite de s’inscrire dans la logique du conflit en cours; la charte confirmée en décembre 1594 par Henri IV en fait une certitude :
 
En 1574 les protestants prennent la ville aux dépends des catholiques. Comment ne préféreraient-ils pas célébrer le jour de leur premier accès à la jurade plutôt que celui à la gloire de la Vierge Marie..... 
 
Dans la même logique le choix du 1° janvier pourrait bien correspondre à la volonté du roi de calmer les esprits, en prenant une date neutre sur le plan religieux et significative pour la seule société civile... Il faut noter surtout que cette décision du roi a été suivie d’effet dans une ville entièrement protestante.
 
 Dans la même logique le choix du 1° janvier pourrait bien correspondre à la volonté du roi de calmer les esprits, en prenant une date neutre sur le plan religieux et significative pour la seule société civile... Il faut noter surtout que cette décision du roi a été suivie d’effet dans une ville entièrement protestante.
 
Les Protestants maîtres de la jurade : L’année 1574 est donc marquée par un renversement brusque de la représentativité des communautés dans la juridiction, au point que pour garantir leur succès les protestants préfèrent nommer un gouverneur en la personne de M° de Boudou.
 
Dés l’année suivante, la charge de premier consul est rétablie au profit de Dutil Jean sieur de l’Oustalnéou, un Dutil comme M° de Boudou  lui-même. Le passage à la normale se fait donc avec précaution, sous le contrôle d’une famille sûre.
 
« Passage à la normale », à cela prés que la charte de 1256, toujours respectée jusqu’ici  sur ce point, prévoyait six catholiques. Or à partir de 1574 la jurade est dirigée par six protestants, à la grande irritation des catholiques de la juridiction qui n’auront de cesse de revenir à la tête de l’administration locale.
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Tableau des consuls de 1589 à 1602

          1589

Paulhy  Pierre [74,81]

Faur  Jean

Persy  Antoine

Contenjou  Bernard *

Canet  Etienne [85]

Lidon  Pierre *

1590

Gilbert  Pierre [78,87]

Andrieu  Pierre

Quayrose  A.[75,78,86]

Bru  Jean [79]

Duvinial  Antoine *

Truelle  Jean *

1591- (1)

de Menou  Pantaléon *

Vergnes  Jean [80,86]

Ducondut  Pascal [87]

Calmette  jean *

Lapeyronie  Jean *

Bonissou             

               1591- (2)

M° de Panit Léger governeur                         

M° Guérin  Arnaud

M° Lafage  Antoine [85]

M° Pauty A.[76,81,87]

Lacroix  Pierre

Sarrau  François

1592

Béquays Elie [85]

Vergnes  Jean [80,86, 91]

Boyé  Jean [84]

Fort  Guillem [81,87]

Fraysse  Guillaume *

Alègre  Jacob *

  1593

Bessoty  Jean [84, 88]

Sarrau  Jean *

Delhut  Geraud [88]

Dumons  Jean [88]

Sarrau  Jean ( ?)

Lapeyronie  Jean [91]

           

        1594

de Panit Léger fils

Fau  Jean [83]

Contenjou  Bernard [89]

Béquays  Pierre

Quayrose  Géraud [87]

Galinat  Pierre

1595

Gilbert  Pierre [78,87,90]

Duvinial  Antoine [90]

Sarrau  Géraud *

Persy Géraud *

Lacroix  jean

Poccot David *

1596

Béquays Elie [85, 92]

Lidon  Pierre [89]

M° Fraysse Guillaume [92]

Contenjou  Jean [89, 94]

M° Boyé Moïse *

Monteil  Jean *

              1597

Sarrau Jean [93]

Persy Antoine [87, 91]

Delhut Géraud [88, 93]

Truelle Jean [90]

Alègre Jacob [92]

Fournié Jean *

              1598

de Paloque Jean

Béquays Pierre *

Lafage Antoine [80,85, 91]

Quayrose Géraud [87, 94]

Contenjou Michel

Boyé Abraham *

              1599

Guérin Arnaud *

Duvinial Antoine [90, 95]

Sarrau Géraud [95]

Poccot David [95]

M°Gugues Aleyrou

Calmette Jean [91]

              1600

M° Béquays Elie [85,92,96]

Fau Jean [83,94]

de Persy Géraud[95]

Contenjou Jean [89,94,96]

Monteil Jean [96]

Castillon Jean *

              1601

Sarrau Jean [93, 97]

Lidon Pierre [89, 96]

Delhut Géraud [88,93,97]

Alègre Jacob [92, 97]

Boyé Moïse [96]

Causse Isaac

              1602

de Menou Pantaléon [91]

Bequays Isaac

M° Sarrau jean [93,97]

Dufraysse Jean  puîné

M° Salesses Jean

Cournet Jean     

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- Stabilité de la jurade
 
Le renouvellement annuel des consuls ne doit pas masquer la permanence de certaines familles soit par le retour d’un même personnage soit par la succession de membres d’une même famille.
 
Le retour de certains personnages : L’observation des listes, sur l’ensemble de la période,  permet de constater que certains consuls reviennent au cours des années.
 
Pour mieux suivre le phénomène sur les tableaux ci-joints, il suffit d’accompagner d’un * les noms des consuls qui venus pour la première fois à la jurade y reviendront par la suite. De même il est intéressant de surligner les noms des récidivistes avec mention des années précédentes, [70] par exemple, pour mieux distinguer la stabilité des notables locaux.
 
Seules les trois premières années 1574, 1575, 1576 n’ont pas de récidivistes, si l’on peut ainsi s’exprimer ; chose normale puisque pour la première fois des protestants accèdent à la jurade. Mais sur les dix huit noms mentionnés durant ces trois années, il faut prendre en compte que dix reviendront à la jurade, c’est à dire plus de la moitié.
 
Il en sera de même tout au long de la période.
 
Ce retour des mêmes responsables explique que les jurades successives ont dans leur rang un certain nombre d’anciens qui assurent la stabilité de l’appareil administratif grâce à l’expérience acquise précédemment. En dehors des trois premières années mentionnées il n’en est pas une où il n’y ait au moins un « ancien ».... et certaines années il s’en trouve cinq sur six responsables.
 
Une sorte d’oligarchie : Autre aspect évident à la lecture des listes : la représentativité de certaines familles.
 
Les Dutil de Boudou, les Bequays, les Sarrau, les Persy, les Paloque, les St Léger..... Ce sont là des noms de familles en voie d’anoblissement, et souvent alliées entre elles par mariages. Ce n’est donc pas un hasard si le titre de premier consul leur revient invariablement au fil des ans.
 
Mais d’autres familles les entourent, à l’instar des Fort, des Dufraysse, des Contenjou, des Lacroix, des Boyé ..... Parfois d’ailleurs unies, elles aussi aux précédentes par des liens de mariage.
 
Ainsi se dessine à Monflanquin une oligarchie dont les ressources proviennent de la terre, source d’anoblissement au même titre que les offices achetés essentiellement dans le domaine juridique.
 
Avec, à l’intérieur de ce groupe, une hiérarchie signifiée par le rang auquel peut aspirer chacun une fois consul : par exemple les Bequays sont au premier rang tandis que les Fort se voient réserver les rangs de cinquième ou sixième consul. Donc : tous ensemble mais chacun à sa place ; comme le veut la société de l’époque qu’elle soit d’obédience catholique ou protestante.
 
 
Pour être complet il faut remarquer que certains noms ont été retenus par l’histoire locale : Dutil, Bequays etc. déjà mentionnés ci-dessus,  tandis que d’autres mériteraient un supplément de recherches pour mieux les situer. Qui sont, en effet, les premiers consuls (donc personnages influents de leur temps) qui ont pour nom : Lamotte André, Calcat François, Canet Pierre, Pauly Pierre, Gilbert Pierre, Martin Pierre, Bessoly Jean, de Panit Léger, de Menou Pantaléon, Guérin Arnaud, Lidon Pierre pour ne citer que ceux-là. Quel est le poids de leurs familles dans la société monflanquinoise ? Tout un ensemble de questions qui ouvre un véritable chantier de recherches sur l’histoire locale.
 
Cette  rapide prise en compte de la liste des consuls de Monflanquin de 1574 à 1616 apporte un élément de réponse aux questions initiales concernant la jurade.
 
Ainsi il apparaît nettement que le texte de la charte de 1256   reste une référence de base (36) pour les contemporains du XVI° et XVII° siècles,  mais que la prise de Monflanquin par les protestants en 1574 entraîne quelques modifications sensibles dans un certain nombre d’applications et   principalement de son article 13.
 
Ces modifications ne remettent pas fondamentalement en question la jurade. En fait, elles ne font que participer au remplacement de l’ancienne  oligarchie catholique par une nouvelle oligarchie protestante aux commandes d’un mode d’administration locale qui lui n’est guère transformé.
 
Il est évident que les catholiques ne peuvent se satisfaire de cette main mise sur la jurade par les protestants et qu'il y a là un sujet de discorde pour les années à venir.
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Tableau des consuls de 1603 à 1616

        1603

Guérin Arnaud [99]

Duvinial Antoine [90,95,99]

M° Quayrose Elie

Quayrose Jezaban

M° Fournié Jean [97]

Sarrau Pierre (il  refuse)

              1604

de Persy Antoine [87,91,97]

Béquays Pierre [98]

M° Gilbert Pierre [87,90,95]

Lacroix Jean *

Fournié Pierre

Deponte Isaac

              1605

M° de Panit St Léger

Dordaygue Fr. sr de la Tour

Alègre Jacob[92,97,01]

Fort guillem [87,92] 

Boyé Paul

M° Salesses Pierre

              1606

de Paloque Jean

Lidon Pierre [87,96,01]

Passalaygue Jean [85]

Gilbert P.[87,90,95,04]

Contenjou David

Bru Jean

              1607-(1)

Sarrau Jean [93,97,01]

Sarraud Géraud [95,99]

Dubreil Etienne sr de la tour

Boyé Abraham [98]

Védrines Guillem [85] ? ?

Quayroze Jérémie *

              1607-(2)

Dutil Gédéon sr de Boudou

Dufraysse Jean aîné

Ducondut Pascal [84] ? ?

Védrines Guillem

Quayroze Jérémie *

              1608

Sarrau Géraud [95,99--07 ]  

Poccot David [95,99]

Cosse Isaac    (01 ?)

Calmette Jean [91,99]

Pauty Pierre

Fraysse Jean

              1609

M° de St Léger [05]

M° Pauty Géraud

Boyé Moïse [96,01]

Passalaygue Jean [85,06]

Ducondut Vité

M° Chayrés

              1610

Sarrau Jean [93,97,01,07]

Gilbert Pierre [87,90,95,04]

Maasanés François

Canet Pierre *

Fort Pierre *

Bugit Bertrand

              1614

Sarrau Géraud [95,99,07,08]

Boyé Moïse [96,01,09]

Canet Pierre [10]

Fort Pierre, sire [10]

 sire= titre donné à ceux qui     avaient été « consuls »  

              1615

M° de St Léger [05,09]

Quayroze Elie

Arnosc Pierre

Dufraysse Jean  (07-2 ?)

Delaygue Pierre

Fournié dit Gorre

              1616

M° de Boudou [07-2,12]

Lacroix Jean [04]

Trubelle Daniel [12]

Mouret Pierre

Contenjou David

Brunot Daniel

              1613

Bequays Pierre [98,04]

Quayroze Jézaban

Boulède Jean

M° Vignal Pierre

Contenjou J.[89,94,96,00,11]

Issartier Jean

              1612

Dutil Gédéon [07-2]

Amblard Pierre

Trubelle Daniel

Ducondut Matthieu

Védrines Abraham

Cubertou Guillem

              1611

Lidon Pierre [89,96]

Contenjou J.[89,94,96,00]

Boyé Abraham [98,07]

M° Castillon Jean [00]

Quayroze Jérémie [07]

Léger Martial

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- La visite de l’évêque d’Agen  1601
 
  L'édit de Nantes rend par contre espoir aux catholiques en ce qui concerne leur pratique religieuse et l'occupation de l'église. Le compte rendu de l'évêché laisse en effet apparaître que depuis 1574 jusqu'en 1598, c'est à dire pendant vingt quatre ans, la messe n'a pas été dite dans cette église de Monflanquin. Il appartient à Nicolas de Villars de rassurer sur les deux points les catholiques de Monflanquin.
                       
En effet les adversaires pansent leurs blessures, les Réformés réparent leurs temples ou en édifient de nouveaux. De son côté l’évêque s’efforce de remettre en état les églises, toutes fortement endommagées, et de reprendre en main un clergé que trente années de troubles ont rendu indiscipliné et parfois inférieur à sa tâche. (2)
 
Au cours de ses visites pastorales Nicolas de Villars, bouillant Ligueur, s’efforce de prêcher la concorde publique et se plaît à souligner la courtoisie avec laquelle « MM. de la Religion » accueillent son passage à Clairac, Ste Foy la Grande ou Monflanquin.
 
Le 26 mai 1601 en effet l'évêque d'Agen Nicolas de Villars, en tournée dans son diocèse, fait étape à Monflanquin. Dans ses Mémoires il relate «  à mon arrivée fus rencontré de M. de Saint Légier, gouverneur dudit lieu, et les consuls avec leur livrée m'y vinrent saluer, offrir la ville et ce qui en dépendait, ce que je reçus en bonne part, les priant de faire surseoir toutes meffiances et prendre de moi et de toute ma suite toute assurance »
 
Sa première visite est pour l'église a propos de laquelle il écrit : «   L'église de Notre-Dame est toute découverte et ouverte du côté de la muraille de la ville; il n'y a qu'un autel … Le cimetière vis à vis de l'église, joignant l'hôpital, sert aux deux religions. La maison du prieur et du recteur était prés de l'église, les huguenots y ont bâti leur temple ».
 
Le 27 mai le prélat "réconcilie" l'église ou plutôt ce qu'il en reste. Il dit la messe et plusieurs la disent après lui. Il assiste à la grande messe suivie de la prédication. L'après midi il fait une exhortation et "baille" la confirmation à cinq cent personnes, selon son estimation. Les vêpres sont ensuite chantées.
 
Le 28 mai  pour les rogations il se rend " en procession à St André, assisté de beaucoup de peuple". Là il entend la grand messe et la prédication. L'après dîner, il fait faire le catéchisme puis il " baille" la confirmation à cinquante sept personnes et la tonsure à deux enfants.
 
Le 29 l'évêque vaque à sa santé et voit quelques prêtres. Le 30 il envoie visiter les paroisses circonvoisines. Le 31,  jour de l'Ascension, il dit la messe après plusieurs autres. Il assiste à la procession, à la grand messe, à la prédication où " il y a quatre à cinq mille personnes et beaucoup de noblesse". L'après dîner est consacré à une autre prédication qui est " baillée" à plus de cinq cents personnes, puis aux vêpres dites solennellement où il fait distribuer quelques livres spirituels, images, chapelets.
 
Le 1° juin " l'après midi je partis de Monflanquin après avoir exhorté un chacun de vivre en paix, ce qui me fut promis de part et d'autre, me témoignant beaucoup de satisfaction de ma venue en leur ville" .
 
A l'occasion de cette visite Nicolas Villars a rencontré les subdélégués à Monflanquin de MM. de La Force et de Refuge pour signer un accord transactionnel avec les protestants. Il s'en explique " L'exécution de l'édit de Nantes faite par MM. les commissaires pendant notre arrivée a été approuvée par nous (catholiques) en ce qui se faisait pour nous … bien tout était provisionnel … Je juge qu'il se fallait contenter de cette provision pour le présent, en attendant mieux".
 
Dans ces quelques lignes, rédigées par l'évêque d'Agen, sont inscrites les dispositions d'esprit de la communauté catholique et les tensions qui vont s'en suivre pendant tout le XVII° siècle.
 
D’ailleurs, dès 1615, les Protestants, inquiets des tracasseries administratives qui apportent des restrictions à leur culte, plus inquiet encore des mariages espagnols du Roi Louis XIII et de sa sœur, se regroupent militairement à Tonneins « pour leur propre défense et celle du St Evangile » selon les paroles d’Henri de Rohan. (2). 
                                                                                                                                                                                                Haut de page
                              
 
4- Les avancées des catholiques : 1621–1681
- Les remparts de Monflanquin
 
Les remparts de Monflanquin construits par Edouard I°, en 1282, ayant trouvé leur justification avant et pendant la guerre de Cent ans ont par contre démontré la limite de leur importance militaire face aux armements contemporains lors des guerres de Religion (37). Monluc en a fait la rude démonstration dès 1es années 1560 lors de ses passages.
 wpe38.jpg (7969 octets)
Au début du XVII° siècle, il semble que leur état laisse à désirer puisqu’en juin 1621 le duc de La Force exhorte les habitants de la bastide de mettre en état les fortifications. Cette prise de position favorable aux insurgés condamnent les remparts, malgré le ralliement au Roi durant le mois de juillet.
 
«L'an 1621 et le 7 du moys de 7 bre, M. Thibault de Labrousse, Chevalier des Ordres du Roy, gentilhomme ordinaire de la Chambre et capitaine-enseigne des gardes du corps de sa Majesté, commissaire à elle député pour faire raser les murailles et fortifications de Monflanquin, fait don au Couvent au nom du Roy de toute la pierre des dites démolitions, à prendre depuis la porte St André jusqu'à la porte de Roquefère du côté de l'orient et du midi, à la charge de dire tous les ans une messe du St Esprit  pour le Roy  et   sa  famille  royale  le 9° jour  de 7 bre». (38)
On peut se demander si cette démolition, qui concerne environ les trois quarts des remparts a pu être ébauchée puisque le 13 février 1622 le baron de *Castelnau (* Henri  Nompar  de  Caumont,  marquis de Castelnaud, futur duc de La Force, gouverneur de Monflanquin  à cette occasion , selon Bellecombe (27bs'empare de Monflanquin au nom de son père, le duc de La Force, en passant par des brèches très larges. Aussitôt il  fait renforcer les remparts. C'est en quelque sorte le chant du cygne de la fonction militaire de Monflanquin car en juin 1622 tout est fini et le marquis de Théobon, allié de la famille de La Force, rend la ville sans coup férir au Roi. Cette fois les remparts vont être démantelés dans le respect de l'arrêt de l'année précédente visant Monflanquin, confirmée par la décision du 21 décembre 1621 à l'encontre de l'ensemble des places de Guyenne. Mesure qui devient exécutoire par ordonnance royale rendue le 1° juin à Agen :une commission royale confie à l'avocat général du Parlement de Bordeaux, Jean Olivier Dussault, la démolition des forteresses de Guyenne parmi lesquelles Monflanquin. (38)
           
En 1628, il est fait mention de la démolition de l'hôpital avec les murs de la ville auxquels il était adossé au nord …  En juillet dommages causés aux maisons de Henry de Persy appuyées sur les remparts … En octobre Montaut vote une somme de vingt livres pour le paiement de dix manœuvres employés à la destruction de ces remparts.
 
En avril 1630, l'intendant de Guyenne, François de Verthamont, déclare que " pour la construction du temple leur avons permis de prendre des pierres et matériaux vacants de la démolition des remparts".
 
Dans les textes et dans la réalité, Monflanquin a cessé d'être militairement un lieu de défense possible pour les Protestants.
                                                                                                                                                                                              Haut de page
- Les avancées des catholiques  1622 - 1641
wpe39.jpg (3801 octets)En 1622, l'ordre de destruction des remparts atteste que dorénavant les Réformés sont dépouillés de leur place de sûreté, mais parallèlement en cette même année ils perdent le contrôle de la jurade où trois catholiques prennent place, ce qu'entérine un accord signé le 9 juin 1623 entre les deux partis. Le recul pour les Protestants de Monflanquin est notable.(40)
 
Comme pour marquer l'évolution en cours et profitant du renouveau catholique, les Augustins, en mal de Couvent depuis 1569 - où le leur avait été détruit aux portes de la ville - s'installent intra muros. En 1624, un obit, c'est  à dire une donation pour messe anniversaire, leur permet l'achat d'une maison. Dès lors ils sont en mesure d'installer d'une part leur couvent et d'autre part leur chapelle. (41)wpe3B.jpg (1133 octets)
 
 
Mais les hostilités reprennent et les environs de Montauban doivent subir les foudres du duc d'Epernon gouverneur de Guyenne … Le 6 avril 1626 un nouvel édit de pacification apporte une nouvelle trêve …
 
Trêve de courte durée car, dès 1627, la guerre se rallume alors que Richelieu se promet bien d'en finir avec La Rochelle. Pas plus en Languedoc qu'à La Rochelle le parti protestant n'est décidé à faire la guerre : les nobles l'ont déserté, les bourgeois restent fidèles au Roi. Seuls Rohan et Soubise mènent le combat avec passion et obstination. L'Agenais ne prend pas part à cette guerre. (miquel)… Le 27 juin 1629, la paix est accordée à Rohan qui la demande depuis Anduze où il s'est installé.   " l'Edit de Grâce d'Alès "  maintient les dispositions de l'édit de Nantes quant aux libertés de culte mais confirme la fin des places de sûreté.
 
L'orage passé les Réformés de Monflanquin, en 1630,  adressent à François de Verthamont, commissaire pour l'exécution des édits de Pacification, une requête demandant que le " consulat de ladite ville serait remis entre leurs mains conformément à ce qui se pratiquait avant 1622…"
 
A cette requête les catholiques en opposent une autre : " aux fins que suivant leurs anciens privilèges, arrêt et règlement de la Cour du Parlement de Bordeaux ils fussent admis aux charges consulaires de lad. Ville et tiendraient les quatre premiers rangs aux élections consulaires".
 
Par ordonnance du 6 août 1630, les commissaires donnent satisfaction aux protestants. Ils considèrent (42) que " les habitants de la R.P.R. seraient admis aux charges consulaires indifféremment avec les catholiques et sans aucune distinction de religion". C'est la reprise pure et simple de l'arrêt du 29 juin 1602.
 
La pression catholique se maintient et, le 21 janvier 1635, la jurade note que «  le gouverneur a enjoint aux consuls et jurats catholiques de s'assembler pour se pourvoir devant  sa   Majesté   contre  certaines  lettres  patentes  obtenues  par  ceux  de  la  R.P.R. »  ….    Le 1° mars, les consuls stipulent qu'ils ont eu  «  recours à Mgr d'Epernon pour avoir règlement pour le consulat » : il y aura donc à Monflanquin, au grand regret des catholiques, six consuls dont quatre catholiques et deux de la R.P.R. (40)
 
Un procès verbal, de 1641, confirme que les quatre consuls catholiques ont la préséance sur les deux protestants, la justice royale étant administrée par quatre officiers dont le Lieutenant et le Procureur catholiques, le juge et l'assesseur protestants.
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- Maintien et loyalisme des Protestants
 
 C'est également en 1630 que le problème de l'église est à nouveau reposé par les catholiques qui contestent l'arrêt du 22 mars 1603 trop favorable aux protestants, selon eux. Sujet de controverse d'autant plus vif que la proximité du temple et de l'église fait que les uns et les autres sont ordinairement interrompus " en faisant le service tant par les chants que par le son des cloches". (3)
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Le 6 avril 1630, François de Verthamont, après avoir consulté les deux partis en présence, prend une ordonnance : " Ceux de la religion R.P.R. délaisseront, dans six mois, au curé et aux catholiques le temple auquel il font à présent l'exercice de leur religion, ensemble l'entier cimetière de lad. Eglise … Ceux de la R.P.R. reprendront la somme de 600 livres consignée et demeureront quittes des 400 livres demeurés entre leurs mains. En outre les catholiques leur payeront 800 livres dans six mois" … " Ordonnons il sera pourvu auxdits de la R.P.R. d'un lieu commode pour bâtir le temple et d'une place pour leur servir de cimetière … temple pour la construction duquel leur avons permis de prendre des pierres et matériaux vaquants de la démolition des murailles".
 
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Ordonnance *non suivie d'effet (* Il est vraisemblable que les deux communautés, catholique et protestante, ont eu à faire face aux calamités naturelles de l’année 1631 marquée par de très nombreux décès. Une sorte de trêve momentanée a du s’imposer), puisqu'en 1641 l'archiprêtre en visite à Monflanquin observe : " Il y a la grande église de Ste Marie toute découverte sauf une petite chapelle dans laquelle se fait le service ordinaire, sur les fondements de laquelle église est bâti le temple des religionnaires dans lequel ils font leur exercice ordinaire et interrompent grandement le service divin dans l'église par leurs prêches et leurs chants dans ledit temple." A charge de revanche les Religionnaires eux-mêmes ont droit aux cloches et chants de leurs voisins catholiques. En fait les deux cultes ainsi rapprochés devaient se gêner réciproquement.
 
De guerre lasse le curé décide de transférer dans la chapelle des Augustins le service paroissial, chapelle où il restera de longues décennies dans l'attente d'une solution.
 
Les affrontements de la Fronde ramènent l'agitation et la misère dans toute la région. La lutte est ardente autour de Bordeaux et dans tout l'Agenais, mais, ne répondant pas aux avances que leur fait Condé, les Protestants en tant que communauté restent fidèles au Roi. La position de Monflanquin pendant cette période est mal connue, peut être favorable à  * Condé et Théobon. (* Théobon de Pardaillan, gouverneur de Monflanquin  en 1651, selon de Bellecombe (27b)… Cassany-Mazet  mentionne la  joie des Monflanquinois le 4 mai 1651 à l’annonce de la nomination de Condé comme gouverneur de la  Guyenne (41b)
 
 Un seul épisode notable est  enregistré par la chronique locale : le repli vers Monflanquin fin juillet 1652 des troupes d'Harcourt favorable au Roi et poursuivi par celles de * Théobon de Pardaillan défenseur de Villeneuve au nom de Condé. Sans préciser la position de Monflanquin en la circonstance.
 
Quoiqu'il en soit, Mazarin, sensible à la loyauté de la communauté Réformée dans sa globalité, freine les ardeurs des jésuites et des "dévots" . Ce qui laisse un répit aux Protestants qui ont le sentiment que leur loyalisme les met à l'abri.
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- Multiplication des contestations juridiques  1657 – 1670
 
Malgré ce loyalisme, et cette retenue de Mazarin, la pression des catholiques se maintient. Sur l'ensemble du royaume l'activisme des jésuites alimente la "guerre des procureurs" pour avoir raison des "hérétiques". Dans ce cadre très précis de  contestation, de harcèlement juridique  les catholiques   de Monflanquin ne sont pas en reste et les protestants finissent par s'en accommoder puisqu'ils y sont contraints (40b)
 
Le 30 décembre 1657 une ordonnance du marquis de St Luc, lieutenant du roi en Guyenne, confirme à la requête des consuls catholiques sortant de charge, la nomination de quatre nouveaux consuls catholiques " afin d 'éviter les troubles suscités par les consuls de la R.P.R."  En fait le débat porte sur la répartition des six postes et les catholiques refusent les trois consuls élus par les Protestants "au mépris des arrêts du Parlement de Bordeaux qui ne leur en accorde que deux" … Après un long conflit la jurade en revient, avec l'assentiment de l'Intendant, à appliquer pour les élections consulaires l'accord passé entre catholiques et réformés le 9 juin 1623 d'après lequel le consulat devait être mi-parti. Cet accord avait été approuvé par une ordonnance du Roi le 31 août 1650.
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En 1667 c'est un nouveau dossier qui est ouvert : celui des régents dont l'importance n'échappe à aucun des protagonistes. Requête des syndics du diocèse d'Agen à l'Intendant M. Pellot ; ils exposent que deux religieux du couvent des Augustins exercent la fonction de régent et que ces religieux prêchent, en raison de quoi ils reçoivent chaque année la somme de 40 livres. M. de Becays et ceux de la R.P.R. obtiennent que cette somme leur soit restituée pour l'année précédente et soit maintenue pour l'avenir.
 
Le 27 février 1668, dans un même souci de maîtriser les fonctions à la charge de la jurade,  il est question du greffier, du médecin … Ordonnance de M. Pellot, en réponse à la requête du syndic du clergé d'Agen. Le greffier est dénoncé comme étant de la R.P.R. et les protestants ont fait attribuer au médecin de la ville les gages ordinaires donnés au prédicateur. L'Intendant destitue le greffier qui sera remplacé par un catholique; il décide que sur les cent livres de gages attribués  au médecin la moite sera donnée au prédicateur du carême.   
 
Autre objet de querelle constante : les cloches. Cette même année 1668 la jurade apprend que certains catholiques veulent enlever la cloche de l'horloge pour la faire servir à l'église. Le curé présent à l'assemblée déclare : "tant pour luy que pour les autres paroissiens qu'il n'empesche que la cloche ne soit montée dans le clocher de l'ezglise". Il fait remarquer que les voix ont été partagées à ce sujet et que nulle décision n'a été prise, les jurats catholiques ayant quitté la séance sans vouloir signer le procès verbal.
 
Par contre l'attribution de l'église, qui  reste l' affaire cruciale en suspend, semble trouver une solution en 1668 . Dès l'arrivée de  Claude Joly à l'évêché d'Agen, en 1665, le clergé montre une plus grande pugnacité. Pour préparer ses synodes  le nouvel évêque multiplie les enquêtes auprès des curés et dès les premiers jours de juillet il se rend à Villeneuve et Penne, puis le 15 octobre il poursuit par Monflanquin et Castillonnès. (43) Lors de son passage à Monflanquin il découvre que "l'église, où l'on fait présentement le service, n'est ni voûtée ni lambrissée" et il va pousser en premier lieu à sa restitution .
 
A ce propos, en 1668, Castillon note dans son livre de Raison : "Le 21 janvier 1668 ayant été député du corps de notre église avec MM. de Persy et Deyma … anciens de lad. Eglise, suis allé en leur compagnie au lieu de Montaud le vieux pour traiter de toutes affaires … avec MM. du clergé d'Agen et le sieur Courtie, curé de la présente ville, auquel lieu s'étant trouvé messieurs de Belsunce et Lamothe nos arbitres, a été accordé … que nous quitterons notre dit temple aud. Sieur curé" … que seront "conservés notre cloche, bancs et autres meubles qu'il nous sera loisible d'emporter"…. que nous sera consenti, " marqué et piqueté une autre place dans la présente ville pour y bâtir un autre temple" … " Les consentements nécessaires seront donnés … moyennant la somme qui sera arrêtée par MM. de Belsunce et Lamothe". (3)
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- Autorisés mais le temple est à rebâtir  1671 1673
 
Le climat se tend progressivement. Les Assemblées du Clergé ne cessent de demander à Louis XIV l'extinction de l'hérésie. Les Protestants de Monflanquin peuvent avoir à juste titre le sentiment que tout se passe comme si on leur serrait un collier de force passé autour du cou pour les étrangler de plus en plus.
 
La jurade est la caisse de résonance de cette discorde accrue. Les registres de la jurade portent mention des lettres du maréchal d'Albret, gouverneur de Guyenne attestant son intervention dans les élections consulaires de l'année 1671 … Contestation entre des consuls sur une question de rang … (44)
 
Plaintes ayant été faites au gouverneur de la province "par quelques personnes qui ont prétendu qu'il se faisait à Monflanquin des attroupements séditieux" la jurade proteste le 28 avril 1672 et assure que rien de pareil n'est venu à sa connaissance … Pourtant des ordonnances du maréchal d'Albret prescrivent aux consuls catholiques qui se sont retirés de la ville d'aller y résider afin que les affaires ne restent pas en souffrance. Ce qui laisse paraître que les rapports et la situation à Monflanquin se tendent sérieusement. Quant aux ministres des Religionnaires ils se voient  "à raison de leurs provocations au désordre" condamnés à l'amende, et, de plus interdits de leurs fonctions pour toute leur vie.(7)
 
En juin 1673 le Temple revient sur le devant de la scène et, dans la logique du moment, les protestants s'en trouvent démunis. Castillon écrit : "Par arrêt du Conseil exécutoire,  notre religion a été maintenue dans notre ville et le délaissement du temple dans lequel se faisait nos services a été ordonné … le second jour de juin a été procédé au piquettement pour édifier un nouveau temple sur la brèche de Picamil et sur la rue des vignes … et ce même jour, après avoir emporté de l'ancien temple tant la chaire que bancs et cloches… un des pasteurs a fait la prière dans lad. Place, psaume 122, à la grande consolation de tout le public". (3)
Joly, l'évêque d'Agen   se félicite de ce que "la nouvelle église qui depuis plusieurs années servait de temple aux huguenots, par arrêt du Roi en date du 13 mars 1673, obtenu à notre requête par nos soins, a été rendue aux habitants catholiques dont ils prennent possession le 3 juin et le lendemain 4 juin, jour de dimanche, il s'y fit par notre ordre une procession solennelle composée de soixante ecclésiastiques, revêtus de surplus et portant chacun en main un cierge allumé. Le S. Sacrement de l'autel y fut porté solennellement par toutes les rues qui furent tendues et ornées, et prédication fut faite au cour de la grand messe" (42)
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- La pression catholique provoque la rupture  1677–1681
 
Pendant la guerre de Hollande en 1675 l'Assemblée du Clergé demande une fois de plus que le gouvernement soit plus insistant. En 1676 est établie la caisse des conversions sous la direction de Pelisson, lui-même huguenot converti : six livres ne moyenne, à ce prix beaucoup de miséreux apostasient.
 
A Monflanquin, les huguenots enregistrent les évènements avec inquiétude même si leurs droits civiques sont respectés. En 1677 il est avéré que " dans Monflanquin il y a six consuls dont les quatre premiers sont catholiques et les deux autres de la R.P.R.. Suivant un règlement par arrêt du Parlement de Bordeaux du 12 août 1658… les jurats ou prud'hommes sont my partie. L'élection consulaire se fait tous les premiers jours de chaque année"
 
Cependant ce droit apparemment respecté ne peut cacher la somme des mesures restrictives prises par la monarchie. Les huguenots se lassent et finissent par manifester leur mécontentement.
 
Selon Durengues, dès 1677, "ils prirent les armes et se soulevèrent. Par ordre du gouverneur de la province M. de St Quentin, gouverneur de Castillonnès, envoya contre les révoltés M. de Montmon avec sa compagnie. La ville fut prise le 26 janvier et traitée avec rigueur. Elle fut soumise à une longue occupation militaire et condamnée à payer une amende de dix mille livres. Le duc de La Force intercéda en sa faveur et obtint une réduction de cinq mille livres. La maison de ville et la halle avait été démolie par les soldats de Montmon". (42)
 
Les registres de la  jurade de Monflanquin pour leur part n'en  parlent pas mais   par  contre  notent  que le 9.juillet   1681,  on  rappelle  à  la  jurade  qu'il  y a eu des soulèvements populaires dans les paroisses de Savignac, St Aubin,  St Caperais et Lamothe-Fay.  A Savignac on a sonné le tocsin, incendié la maison de Vergniol, chirurgien, et tenté d'enlever les portes de l'église. La jurade est d'avis d'informer les puissances supérieures de ces soulèvements, de faire descendre et mettre en lieu sûr les cloches des paroisses mutilées et d'organiser la garde dans le clocher de Monflanquin. On aidera le vice-sénéchal à faire une enquête … Jeyan, vice-sénéchal, vient avec huit archers escortés par les consuls, la noblesse et les principaux habitants du pays, au nombre de cent cinquante cavaliers ou gens à pied. On fait huit prisonniers et la sédition paraît calmée. (44)
 
Les registres de la jurade précisent qu'un arrêt du Conseil d'Etat du 24 novembre  *1681 exclue les P.R. pour toujours du consulat et conseil politique de Monflanquin "attendu qu'ils sont cause de la mauvaise administration de cette communauté". Le contrôle de la jurade, sujet de conflit entre les deux communauté depuis des décennies est réglé au profit des catholiques par élimination totale des huguenots.(*  Faut -il admettre qu'il y a eu soulèvements en 1677 et 1681 ou bien que Durengues fait une erreur de datation, malgré tout le sérieux habituel de ses recherches, et qu'il n'y a de crise qu'en 1681 ?)
 
Par le même arrêt il est précisé que le prieur de Monflanquin, le curé et le vicaire " assisteront aux assemblées publiques des habitants de la ville … attendu que la plupart font profession de la R.P.R."  Huguenots qui, cependant, vont mener à bien les travaux de leur nouveau temple, commencés huit ans plus tôt et poursuivis malgré tous les aléas.
 
Dans son livre de Raison, Pierre de Vernejoul retient "Ce jeudi 18 décembre 1681 … prise de corps de mon fils [ Daniel], le ministre de Bergerac, lui ayant supposé qu'il avait reçu une abjuration et béni un mariage entre des fiancés de contraire religion depuis les défenses de sa majesté et j'ai immédiatement dépêché pour … pourvoir aux moyens de faire voir son innocence."
 
Daniel de Vernejoul, en fait, est prisonnier du collier de force passé aux protestants et que la monarchie ressert progressivement sur l'ensemble des Religionnaires du pays. Tout comme son père il devient à ce titre exemplaire de la situation d'ensemble.
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5-  La Révocation de l’Edit de Nantes : 1682–1686
 
- Vers la fermeture du nouveau temple  1682 - 1683
 
En 1682 l'Assemblée du Clergé adresse aux protestants un avertissement pastoral et des menaces. De son côté Louis XIV écrit aux évêques qu'il a ordonné aux Intendants des Généralités de s'entendre avec eux pour prendre toutes les mesures capables de « contribuer au succès de ses projets ». Les huguenots sont officiellement avisés dans leurs temples : on va les convertir non plus en puisant dans la Caisse de M. Polisson, mais par la contrainte. (45)
 
Cette évolution transparaît au fil des pages du livre de Raison de Pierre de Vernejoul : (46)
 
"Ce matin samedi, dernier du mois de janvier 1682, en la Chambre, j'ai obtenu arrêt sur mon fils … le jour même il est sorti de prison".
 
-" Le vendredi 6 mars M. l'avocat a fait enregistrer, au greffe des Chambres assemblées, un arrêt du Conseil d'Etat du 21 février qui ordonne que dans les six mois les procureurs de notre religion des Parlements de Guyenne, Tholoze et Grenoble se démettront de leurs charges"
 
-" Ce jour le mercredi 9 septembre, vient ce malheureux et unique arrêt [du Parlement de Toulouse saisi par celui de Bordeaux] par lequel il fut interdit pour sa vie de pouvoir faire aucune fonction de son ministère dans le royaume et l'exercice interdit pour toujours à Bergerac, que le temple serait démoli et une croix plantée en lieu et place…. Est à noter que le jour même de l'arrêt qui fait quitter la robe à mon fils ce jour même me la fait quitter à moi pour ma charge de Procureur au Parlement car l'arrêt du Conseil enregistré au Parlement de Guyenne faisait finir le terme pour le vendre."
 
- Octobre/ novembre " j'ai eu la nouvelle que tous mes collègues de la Religion ont vendu leurs charges et ceux de Toulouse ont aussi vendu, personne n'ayant préféré ni le bien ni les hommes du monde à la Religion."
 
En 1683, la relation par Pierre de Vernejoul des avanies subies par les familles protestantes de Monflanquin trouve une confirmation dans les écrits de M. Castillon, responsable de l'Eglise Réformée de Monflanquin. A eux deux ils brossent un tableau qui se suffit à lui-même pour comprendre la période.
- Le 20 mai, commente Vernejoul " mon fils [Daniel] le ministre voulant partir pour la Hollande demain matin avec sa femme, mon fils cinquième et une servante, je lui ai donné cinq cents livres" … "le 21 mai mes deux enfants avec la femme de l'aîné sont partis pour Laroque pour aller à Tonneins s'embarquer pour Bordeaux et de là en Hollande par la permission du Roy."     
 
- Le 3 novembre, continue-t-il " j'ai fait des rouleaux d'or … que j'ai mis dans un sac dans mon cabinet de Laroque, destiné à m'en servir en cas que je fusse obligé avec ma famille à quitter le Royaume pour la Religion et abandonner le reste de mon bien ".
 
- Le 18 novembre, Castillon retient que " Messieurs du Consistoire de ceux de notre Religion m'ont fait signer deux lettres avec eux, l'une au Chancelier et l'autre    à notre député général, toutes deux sur le sujet du piteux état où nous sommes réduits, le tout tendant principalement pour la remise de notre exercice …" (3)
 
- Le Dimanche 5 décembre, reprend Vernejoul "suis allé à Montaud au prêche et la fille de laquelle ma femme accoucha le 3 décembre a été baptisée par A. Vedrines, ministre."
 
- Le 6 décembre, indique Castillon " je signe un acte de notre Consistoire en qualité d'Ancien par lequel, attendu la nécessité que nous avons d'argent pour nous défendre notre temple et exercice, est délibéré qu'il sera cédé par le sieur Moret, Ancien et syndic, la somme de six cents livres dues à l'église par les héritiers de feu sieur Vidal…."
 
- Le 7 décembre, poursuit Vernejoul " je suis parti de Laroque avec M. de Védrines ministre pour aller à Tonneins-Dessus au synode comme député de l'Eglise et j'y ai demeuré jusqu'au lundi 27 dudit mois que je suis revenu à Monflanquin … Le lendemain 28 dudit mois le temple a été ouvert et le sieur Rivason a presché, et y eut une si belle assemblée que jamais l'église n'a paru si nombreuse."
 
- Le mardi 28 décembre, confirme Castillon à propos du nouveau temple, à peine achevé, "depuis huit mois ou davantage notre temple avait été fermé" … " le Bon Dieu nous a fait cette grâce de voir ouvrir le dit temple de l'autorité du synode tenu à Tonneins-Dessus par permission du Roy. M. de Rivasson, ministre du St Evangile qui nous a été envoyé par MM. du synode, y  a dignement prêché sur la première épître de St Paul aux Galates verset 3 …"
Pendant ces huit mois de fermeture, mentionne Castillon, "nous avions souffert en allant aux églises circonvoisines fort éloignées. Tous ceux de ma famille avec moi nous étions rangés à l'église de Gavaudun".
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- Fermeture en série des temples  1684
 
La joie des Protestants de Monflanquin sera de courte durée car la logique du système mis en place par Versailles pour éliminer la religion Réformée, ne s'est pas arrêtée pour autant. Les deux années à venir vont le démontrer amplement à tous ceux qui auraient voulu espérer le contraire.  Et tout d'abord, à peine rouvert le temple est refermé début 1684.
 
- Le 3 janvier, "l'Intendant Ris ayant interdit par Ordonnance l'exercice religieux dans les lieux où il avait été rétabli depuis le dernier synode" … "le nommé Passalaygue, sergent d'Agen étant venu le signifier au sieur Vernejoul l'un des Anciens, nous avons en conséquence cessé nos exercices" pour retrouver le chemin des temples environnants comme les mois précédents" constate Castillon.
 
- Le 17 avril, dans ce contexte plutôt sombre, une bonne nouvelle glisse cependant  sous la plume de Vernejoul : "Maturin, ministre à Monflanquin puis à La Réole, étant prisonnier au château Trompette par ordre du Roi, a été élargi par M. l'Intendant."
 
- Le 21 mai,  dimanche de la Pentecôte, retour brutal aux réalités ambiantes : "pendant que M. Frescarode ministre à Montaut était en chaire un sergent de justice et quatre soldats sont entrés dans le temple pour lui signifier un ajournement personnel avec tant de menaces et de troubles que tout le peuple a été contraint de quitter et obligé de se retirer."
 
- Le 24 septembre "étant allé à Gavaudun avec ma femme pour suivre le prêche nous en avons été privés à cause que le jour avant on avait signifié à M. Gervaix ministre un ajournement personnel, de par l'autorité du Parlement."
 
- Le 4 décembre première mention des dragonnades … "on a logé des cavaliers dans la paroisse."
 
Cette même année 1684 la jurade de Monflanquin a attribué au paiement du prédicateur les cent livres de gages de Pierre Fournier, médecin de ville et protestant. Celui-ci a beau s'élever contre cette mesure que rien ne justifie, rien n'y fait.
 
Fermeture des temples, mesures individuelles restrictives, premières dragonnades, la crise prend de l'ampleur. Pourtant jusqu'au bout, de prudence en concessions qu'il avait dû multiplier, le protestantisme avait su préserver l'essentiel. Jusqu'au bout les Académies réformées n'ont pas vu fléchir le nombre de leurs "proposants", ni les consistoires se dérober les laïcs choisis comme Anciens, ni le petit peuple cesser de chanter les psaumes. Mais la logique même de l'absolutisme continuait à développer ses effets sur le terrain.
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- Révocation de l’Edit de Nantes  1685
 
L'année 1685 voit la promulgation de près de trente ordonnances royales contre ceux de la Religion Prétendue Réformée, dont la dernière, le 18 octobre, est la Révocation de l'Edit de Nantes.
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Tout au long de cette année 1685 les dragonnades battent leur plein, en Agenais comme ailleurs même si elles sont moins féroces que dans d'autres régions. Mais leur action quand même redoutable, liée aux récits terrifiants qui arrivent du Languedoc, de Montauban, de Bergerac incitent les Protestants de l'Agenais à courber le dos en attendant que passe l'orage, qu'ils espèrent passager. Sans compter que bien des Réformés peuvent hésiter entre deux devoirs : ne leur a-t-on pas constamment dépeint dans leurs propres temples, depuis 1629, l'obéissance au Roi comme une exigence religieuse ?
 
 
Les conversions vont donc se multiplier. Il n'est pas impossible que les fantassins arrivés à Monflanquin soient des éléments des cinq régiments de passage à Agen en avril. Quoiqu'il en soit leur action entraîne des conversions :
 
Les registres de la juridiction de Monflanquin quant à eux dénombrent :
 
-    à St Hilaire liste des nouveaux convertis de la paroisse dressée le 31 août                      
               : 68 abjurations
 
-           à Montagnac, paroisse de St Martin : 46 abjurations
-           à Monségur, paroisse de Notre Dame : 80 abjurations.
-           à Tayrac, paroisse de St Germain : 6 abjurations.
-           à Corconac et la Sauvetat : 18 abjurations. à Calviac, abjurations de : Abraham Maury, David Biau, Olivier Rey écuyer, sieur de la Plane et sa femme Isabeau, Moret, Cantepinassou, Chaires, Jougla.
 
 Selon un  témoignage souvent repris par la suite, il faut estimer que l'abjuration et la conversion concernent près de cinq mille huguenots de Monflanquin et de sa juridiction entre le 4 et 8 septembre, c'est à dire un mois avant la Révocation de l'Edit de Nantes. Les fantassins se retirent mais sont remplacés par une compagnie de cavaliers chargés l'assurer la persévérance des nouveaux convertis. Les dragons seront encore sur place deux ans plus tard lors du passage de Mascaron l'évêque d'Agen.
 
En septembre, Vernejoul atteste la masse des conversions et le maintien de ces troupes : " non seulement Monflanquin ayant changé mais presque tout le pays, il ne restait que moy, ma fille et celle de mon cousin Becays de Maurel qui avaient de gros logements".
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 - La résistance de Vernejoul  1685
 
Le récit par Pierre de Vernejoul permet de suivre presque au jour le jour les événements locaux et permet de comprendre comment même les plus attachés à leur religion finissent par céder et abjurer. Son livre de Raison est suffisamment explicite à cet égard.
 
- En avril 1685, Vernejoul isolé va au prêche de plus en plus loin, cette fois à Monsempron … Quelques jours après, le curé de Monflanquin, M. Molinier, prend possession de la maison que Josse tenait du Consistoire et l'en fait partir. " De ce temps là est venue la nouvelle que les temples de Pujols, Lustrac et Monsempron avaient été fermés…"
 
- En juin, alors que la garnison a délogé de Monflanquin plus tôt, "ma femme a accouché d'un garçon … nous l'avons porté à Villeneuve pour être baptisé et cela a été fait dans la maison de ville par M. Lamothe, ministre, établi là par sa Majesté … Le baptême a été écrit sur deux livres, l'un gardé par les Consuls et l'autre par le ministre où j'ai signé."
 
- En août, " Le 29, envoyé mes trois enfants et leur précepteur, le sieur Pierre de Robert, chez un mien parent, à cause des gens de guerre  Le 31, à Laroque, ma femme, ma mère et le reste de la famille est sortie de la maison à cause des gens de guerre … j'ai été obligé d'aller coucher ailleurs, dans un grenier, ne trouvant point d'autre azille".
 
- En septembre, " Le 1° de ce mois, étant retourné à la maison de Laroque, un des officiers me prit et m'ayant écarté de la maison me dit sans autre compliment qu'il fallait changer de religion    Le 2 septembre toutes mes gens ayant délogé, emporté tout ce qu'ils ont voulu, car ma maison était pleine …  le 4 septembre, MM. Latour et Moret le docteur, qui avaient changé et presque tout Monflanquin, sont venus me voir … Le 5 de ce mois ayant reçu un billet de logements de deux compagnies et ce monde composant plus de deux cents hommes, ma femme n'a pu se résoudre à rester. Nous sommes allés nous cacher dans une grande haye au milieu d'un champ au-delà le bois de Laroque.
 " Nous sommes allés trouver la pauvre Mme Daubus, sa maison saccagée, la métheyrie ruynée. Ils avaient tué les bœufs, moutons, volailles, percé une demi douzaine de barriques, avec des tarayres, fermé avec des quilles, bref il semblait que les démons y avaient été."
Par contre "comme ma cousine de Vedrines avait changé, il y eut délogement et elle faisait faire les vendanges, son mari ministre s'en étant allé avant, avec un de ses enfants, suivant la déclaration du Roi, et étant en Hollande."
 
Ces deux situations  sont exemplaires du mécanisme imaginé par le pouvoir pour amener les protestant à abjurer comme le souligne Vernejoul : " Pendant tout le séjour que ces troupes firent, les soldats allaient dans la  paroisse chez ceux de la Religion, le curé qui avait son bonnet et autres ornements recevait les abjurations de tous ceux qui venaient et les soldats avec cela quittaient."
 
- En décembre le duc de La Force laisse à Vernejoul, réfugié depuis la mi-septembre chez lui, procuration générale de ses affaires comme intendant de sa maison..... Le 16 décembre il enregistre "ma femme est arrivée à La Force ayant été obligée de se cacher et fuir parce qu'on la cherchait pour la prendre et mettre dans un couvent."
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- L’abjuration de Vernejoul  1686
 
La pression exercée par le pouvoir en place se maintient sans faiblir. En 1686 l'érection d'une croix, à la suite d'une mission prêchée par les PP. capucins envoyés par l'évêque d'Agen Mascaron, symbolise la période. Vernejoul est encore une fois un témoin à lire attentivement pour saisir le déchirement et les alarmes au quotidien des protestants quand ils s'efforcent de ne pas abjurer.
 
- "Le 17 janvier 1686 une lettre de sieur Lartigue de Tonneins qui me marquait que M. l'évêque d'Agen lui avait dit de m'écrire que si je ne voulais point changer comme les autres, que l'on irait me démolir ma maison et que l'on doublerait encore la charge … Dieu m'inspira d'aller moi-même fermer les portes du château [de La Force] et rapporter les clefs de ma chambre, car autrement les troupes qui arrivèrent un moment après autour du château et qui heurtèrent seraient entrées et m'auraient pris avec ma femme."
 
- "Le 18 janvier trois heures avant jour … j'entendis parler des gens … c'était des gens de guerre. Avec ma femme nous travaillâmes à mettre la chambre où nous logions en état de ne pas connaître qu'on y eut couché et fûmes nous enfermer dans le petit cabinet de Madame qui est dans la muraille …  On y passa  et repassa dix fois devant notre cabinet; nous les entendîmes parler et Dieu nous ayant sauvés les troupes se retirèrent".
 
- "Le 19 janvier, pendant la nuit, ma femme et moi quittâmes La Force et nous étant conduit cette nuit même à un cabaret, sur le port de Bergerac, nous y demeurâmes la journée".
 
- "Le 20 janvier, dimanche, c'est à dire pendant la nuit du 19 au 20, ma femme et moi nous conduisâmes chez un de nos amis qui nous reçut avec grand peur pour lui et pour nous …"
 
- "Le 21 janvier,  la nuit du lundi au mardi, nous quittâmes ce lieu et fûmes à un autre chez de bonnes gens qui nous reçurent avec moins de peur, dans une mauvaise chambrette obscure, sans cheminée ….
 
- "Nous eûmes nouvelle que le 24 dudit mois, jour de jeudi, notre maison de Laroque-David avait été démolie … On n'épargna pas même la chapelle des morts, car on la mit à bas, le pigeonnier brisé, jusqu'à voir ouvrir le vivier et l'on épargna que le moulin, car on se contenta de voler le maïs et de rompre un peu les tuiles … On avait fit vendre tous les bestiaux des métayers, les bois, fait arrêter tout ce qui pouvait m'être dû ; en un mot on m'avait entièrement mis à nu".
 
- "Le 30 janvier, un de mes amis nous ayant découvert et étant venu il me rapporta qu'on cherchait partout ma femme et moi, qu'il y  avait cinquante louis pour celui qui nous découvrirait et qu'on nous ferait pendre étant pris. Il m'a rapporté aussi que l'on avait mis ma mère et mes enfants en sûreté, c'est à dire en prison, et le maître de notre cabane m'ayant dit qu'il ne pouvait plus me donne retraite, qu'il y allait de sa vie, je fus obligé de partir seul, la nuit, ayant laissé ma femme fort désolée et m'en allais coucher à un lieu appelé St Crépezy près de Cahuzac."
 
- " Le 31 janvier, étant approché de Monflanquin et découvert, je fus pris et mené à Roqueffaire chez le curé, avec MM. de Latour et Moret médecin, et ayant pleuré tous ensemble écrivit sur un livre et me fit signer. Dieu veuille me pardonner par sa grâce … voulant vivre et mourir dans la Religion qui nous a marquée par sa Sainte Parole."
 
- "Le 6 février, mardi, ma femme étant au lit à Rastouillac, le curé de Lysac y est venu et l'a obligé à signer sur un livre comme celui de Roqueffaire m'avait fait faire à moi."
 
- "Le 21 septembre, l'officier de Monflanquin est venu me dire de la part de M. Crillon, commandant des troupes qu'il était averti que je ne faisais pas mon devoir c'est à dire que je n'allais pas à la messe ni autres exercices et que l'on m'enverrait logements si je ne faisais pas mieux."
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- Une menace : les galères perpétuelles
 
De nombreux pasteurs de la Basse Guyenne sont emprisonnés dès 1683 et ce n'est qu'à la Révocation qu'ils furent bannis du Royaume, disposant de quinze jours pour se retirer … Cependant certains comme Vergnol, ministre de Monflanquin, comptent parmi les galériens pour la foi…" (47)
 
En effet, "en février 1886 le Parlement de Bordeaux condamne aux galères perpétuelles, comme relaps, Jean Vergnol, ancien ministre de Monflanquin qui avait abjuré…" (48)
 
Une lettre partant le 8 février 1686 de La Réole, adressée au ministre d'Etat par le magistrat qui en dépendait, atteste que Vergnol a été condamné ses juges le sachant innocent : " Monsieur.  Je vous envoie une copie ci-jointe d'une arrestation que nous avons rendu ce matin contre un ministre mal converti. Je dois vous dire Monsieur que la preuve était délicate et même défectueuse dans le chef principal, et que néanmoins le zèle des juges est allé au-delà de la règle pour faire un exemple. Daulède premier président du Parlement de Guyenne." (49)
 
Les galères pour fait de religion avaient été supprimées par l'Edit de Nantes. Pourtant dès 1659, à l'occasion de la bagarre du collège de Montauban, la pratique réapparaît car plusieurs protestants y sont envoyés. Avant même la Révocation plusieurs ordonnances stipulent déjà la peine des galères. Cette peine des galères devient officielle avec les articles IV et X de l'Edit de Révocation. Aussi les protestants, à partir de cette date, affluent à Marseille où une décision royale veut que les condamnés aux galères perpétuelles " seraient mis et attachés à la chaîne pour estre conduits". (49b)
 
Aucune considération de rang, de relations, de distinction, de faiblesse corporelle, d'âge n'est admise, pas plus que la moindre circonstance atténuante. Cette condamnation n'épargne pas Caumont-Montbeton, appartenant à l'illustre famille des La Force, qui malgré son rang et ses soixante dix ans est enchaîné. Pourtant Vergnol est libéré par ordre du roi le 20 janvier 1687. Sa fiche permet de se représenter le personnage :    " Jean Vergnol cy-devant ministre de la R.P.R., natif du lieu de Monflanquin, âgé de cinquante ans, de bonne taille, les cheveux noirs, commençant à grisonner, les yeux gris, ayant plusieurs verrues au visage et une petite cicatrice au menton." (49b)
 
Nombreux sont ceux qui n'auront pas la chance de Vergnol. Une lettre du     27 juin 1686 enregistre qu'il y a à Marseille six cents forçats de la religion, chiffre qui semble s'être maintenu pendant des décennies puisqu'il y eut peu de remise de peine.
 
Les condamnés y sont menés enchaînés en un lugubre cortège que l'on conduit à travers la France jusqu'au port. Ils portent des colliers de fer attachés les uns aux autres par une courte chaîne qui les lie deux à deux et par une plus longue qui relie tous ces couples entre eux. Il faut que leurs mouvements se fassent en même temps sous peine de meurtrissures…                        
 
A leur arrivée au bagne, les forçats sont presque anéantis ; là on rase leurs cheveux, on leur passe une tenue de bagnard, on les ferre et les fixe à leurs bancs auxquels ils restent attachés de nuit comme de jour.
 
La vie des galériens est relatée dans les " Mémoires de Jean Marteilhe" natif de Bergerac, dont la famille a subi les dragonnades, le père la prison et lui-même les galères. Un court extrait donne le ton : " Je me suis trouvé avoir ramé à toute force pendant vingt quatre heures sans nous reposer un moment … Pour lors on n'entend que les hurlements de ces malheureux ruisselants de sang par les coups de corde meurtriers qu'on leur donne … Et lorsqu'un de ces malheureux crève sur la rame, on le jette à la mer comme une charogne."
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- Une solution pour beaucoup : l’exil 
 
C'est à partir de 1683 et surtout dès la Révocation que le flot de réfugiés déferle à travers l'Europe … Une recrudescence des passages se révèle en 1699-1700, de même  en 1715-1717. En somme à chaque recrudescence des persécutions en France correspond une augmentation du nombre de fugitifs.
 
Avant les départs, peu de ventes de biens, d'ailleurs interdites aux nouveaux convertis. Les arrangements de famille se multiplient et quand les fugitifs abandonnent ces biens, les plus proches parents, convertis pour conserver le patrimoine, s'empressent de les récupérer évitant ainsi qu'ils ne tombent entre les mains de la Régie des biens des Religionnaires fugitifs.
 
Daniel de Vernejoul, dont son père relate le départ dans son livre de Raison, est un * xemple, parmi d'autres, des pérégrinations de ces protestants en exil.(*   D. Benoît en a retracé l'existence dans une brochure à peu d'exemplaires réservés à la famille. (aa 1 PL 393)
 
Accusé en 1682, par les catholiques, Daniel de Vernejoul est emprisonné dans l'attente du jugement de Toulouse. Libéré  le 12 septembre   il se retire à Monflanquin où le 8 octobre lui parvient une lettre, signée de Louis XIV et contresignée par Colbert, l'autorisant d'aller s'établir en Hollande. C'est en mai 1683 qu'il s'embarque à Bordeaux "avec sa femme, son valet, sa servante et quelques meubles pour son usage". Il porte des attestations des églises de Caumont, Monflanquin, Bordeaux, La Réole Daniel  de  Vernejoul  débarque avec son épouse à  Amsterdam, ne tarde  pas à  être appelé à  Rotterdam  où ses  prêches sont appréciés.  Mais en  1684 il passe à Arnheim où l'église Réformée Française s'organise, en 1686 il se fait adjoindre un second pasteur, Maturin, lui-même un moment ministre à Monflanquin, avant son  exil.
 
En 1693, la seconde place de pasteur devient vacante dans l'église Réformée  Française de Hambourg-Altona, c'est Daniel de Vernejoul qui est nommé. Hambourg devait être sa dernière église, il la desservit avec distinction pendant quarante trois ans. En 1725 il perd sa fidèle compagne Marguerite de Jaure qui avait partagé avec un grand dévouement ses fatigues et ses travaux. Elle ne laissait point d'enfants à son mari et ce dernier adopta l'un de ses neveux, François de Vernejoul, premier lieutenant au Régiment du Prince Royal de Danemark. Daniel de Vernejoul, plus qu'octogénaire, s'éteint en 1736.
 
Partis dans les mêmes années que Daniel de Vernejoul, et surtout après la Révocation, six cents trente trois protestants pour le seul Haut Agenais sont répertoriés, dont quinze originaires de Monflanquin. (50)
 
Ces exilés se sont dispersés entre la Hollande, l'Angleterre, l'Irlande, l'Allemagne, la Suisse et l'Amérique du Nord. Plus précisément, bannis du royaume, les pasteurs ; parmi eux Maturin Gabriel venu à Hambourg et Rivasson Jean, bien connus des protestants de Monflanquin. Sans oublier Pierre de Védrines, pasteur à Montaut et à Gontaud. En effet Pierre de Védrines quitte la France pour la Hollande comme son cousin Daniel de Vernejoul. (51)
 
D'autres protestants encore, dont on retrouve la trace sur les registres du Consistoire de Genève au fil des années :
 
            11 mars 1697  Maugeois Suzanne    (52)
            18 août  1717   Bistorte    Marie       (53)
 
Ce qui atteste d'une part d'un mouvement continu vers l'exil et d'autre part que ce mouvement atteint, non pas seulement les responsables de la Religion Prétendue Réformée mais aussi les simples croyants.
 
Il s'avère que le fort mouvement d'émigration, commencé dans toute la France dès avant la Révocation, a touché le quart de la population protestante. La proportion est sensiblement la même en Agenais où S. Mours évalue à environ dix mille le nombre de fugitifs, avec des variations suivant les cas : importante à Clairac, Nérac, Tonneins ; au contraire, si l'on en juge par les registres paroissiaux, faible chez les protestants du Nord et de l'Est de l'Agenais qui ont opté de résister sur place.
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6-  Fin du  XVII° et  début du   XVIII° siècles 
- La pression : témoignages des Protestants – Fin XVII° siècle
Encore une fois les témoignages de Castillon et de Pierre de Vernejoul sont précieux pour mieux saisir le quotidien des Protestants à Monflanquin dans ces années qui suivent la Révocation de l’Edit de Nantes.
 
1687 – « Le samedi 25 janvier, sur le soir, le sieur Lucas, commissaire du Roy, est arrivé en ville avec des ordres de sa Majesté pour faire démolir le temple neuf » … « Le 27 janvier, ce matin on a travaillé à mettre à bas le temple neuf avec des cris et des hurlements effroyables par ceux qui y travaillaient … quantité de manouvriers qui sont venus avec grande joie de Villeneuve, Villeréal et autres lieux » … « Le vendredi, dernier dud. Mois de janvier, le susdit temple été achevé de démolir. Plusieurs ont fit grande joie le même jour avec tambour et danses par tous les coins de la ville » … « Le 14 mars j’ai été à Monflanquin voir M. Crillon, commandant les troupes, il m’a dit de ne plus tenir précepteur nouveau converti à mes enfants et de faire aller ma femme aux exercices, autrement qu’il la ferait mettre au couvent. »
 
1688 – « Le 14 août, le sieur Morest-Persy a été mis en prison par le sieur Latreille, commandant,  prétendant que celui-ci ne voulait plus aller à la messe … Le même jour, logement sur les nouveaux catholiques à la campagne, et dans la suite on l’étendit sur la paroisse, ce qui fit beaucoup de mal. » … « Le 16 novembre, on a publié à Monflanquin l’édit nouveau du Roy pour les armes au regard des nouveaux convertis » … « Le 24 de ce même mois j’ai déclaré à Messieurs les Consuls, par un acte reçu de Monsieur  Capdeville notaire, que j’étais de naissance à  avoir une épée et deux paires de pistolets »
 
1689 – « Le dimanche 12 juin, ma mère est décédée … le soir même j’envoyais le sieur Goudail avertir le curé de cette mort et ayant dit qu’il ne voulait point l’ensevelir je lui ai fait une fosse dans mon jardin, à Cap de Port, proche le pied de sauge. Et la nuit l’ayant fait mettre dans un coffre elle a été ensevelie par mes domestiques avant le jour. »
 
1691 –  «Le 21 décembre, le Procureur du Roy est venu me dire qu’hier Monsieur Contenson, chirurgien, lui avait remis un écrit de sa main contenant dénonciation contre moi d’avoir fait rebâtir ma maison de Laroque, démolie par ordre du Roy, et que je ne faisais pas les fonctions d’un catholique, ni ma famille.» 
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- La pression : les textes signés par le Roi – Fin XVII° siècle
 
Les ordonnances royales indiquent bien que le pouvoir est décidé à régler le problème de la R.P.R. par son éradication totale. Ces textes ne laissent aucun répit à la communauté protestante, en espérant amener  chacun de ses membres à céder de gré ou de force, de guerre  lasse.
 
- Les ordonnances autorisant la main mise sur les biens du Consistoire après inventaire, sont effectives à Monflanquin dès 1686.
 Louis14.jpg (2296 octets)
« Etat des sommes qui étaient dues au Consistoire de ceux de la Religion Prétendue Réformée ou qu’on supposait être dues soit pour l’entretien du Ministère soit pour celui des pauvres de la ville en juridiction de Monflanquin. Recueillis sur divers Mémoires par l’Ancien, S… [illisible] qui était en charge en l’année 1682 et qu’il remet pour satisfaire aux ordres de Sa Majesté aux mains de Monsieur M° de Becays, avocat en Parlement et juge royal dud. Monflanquin. » (54)
 
Suit, sur sept grandes pages calligraphiées, une liste de cinquante noms avec inventaire des biens concernés. Le tout se termine par « A  toutes ces pièces sont ajoutées sept autres pièces servant de titres concernant l’acquisition faite par ceux de la R.P.R. de Monflanquin, des maisons, places et jardins sur lesquels a été édifié le temple neuf ou par le cimetière de plusieurs particuliers en date de 1641, 1676, 1680 et 1681 … au dit Monflanquin de jourd’hui 4 mai 1686. »
 
- Les Lettres de Réhabilitation sont une arme redoutable entre les mains de la monarchie, dans une société où les titres ont une place très importante. La Lettre à Jean-Jacques de Percy en est un exemple parmi d’autres :
 
« J’ai reçu de Jean-Jacques de Percy sieur de Combes, petit-fils de Daniel Percy réhabilité par Lettres du 4 décembre vérifiées le 8 mars 1640, la somme de 700 livres à laquelle a été taxé au Conseil du Roy par le rolle arrêté en ycelui le onzième jour de avril 1695 en « exécution de l’Edit du mois de décembre 1692. Vérifié au besoin a été : pour jouir par luy, les enfants nés ou à naître en légitime mariage de l’effet d’ycelle. Sans qu’à l’avenir, pour quelque cause et raison que ce soit ils puissent être recherchés, ni tenus de rapporter autres titres ni preuves de Noblesse que lesdites Lettres de Réhabilitation et la présente quittance. Lesquelles leur tiendront lieu à l’avenir et produiront le même  effet que des Lettres de Confirmation de Noblesse ?  Fait à Paris le vingt troisième jour de avril mil six cent quatre vingt quinze. »
 
Moyen donc pour le Roi de faire sentir aux Protestants, fussent-ils Nobles,  toute la force de « son  bon vouloir ». Ce document démontre qu’en 1598 déjà Henri IV avait utilisé le procédé pour s’attacher les personnes et marquer ainsi la puissance d’une monarchie stabilisée par ses soins … A la fin du XVII° siècle il s’agit pour le Roi de faire plier les Protestants et de les maintenir dans le choix annoncé ; la mise en garde est précise dans le passage : « les enfants nés et à naître en légitime mariage » c’est à dire devant le curé.
 
La volonté est manifeste de museler cette Noblesse protestante terrienne, autour de laquelle gravitent les ruraux appartenant à la R.P.R.
 
Dans tous les cas de figures le Roi trouve là une source de revenus non négligeable dont la conséquence au demeurant est de multiplier les Offices et d’accroître la Noblesse de Robe.
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- La pression : les militaires et le clergé – Fin XVII° siècle
 
Les protestants restés sur place, à l’instar de la famille Vernejoul, ont pu croire qu'une fois la crise passée les choses s'arrangeraient. Aussi supportent-ils avec patience les duretés du moment. En attendant ce retour à des temps meilleurs, ils sont soumis, au quotidien, à la pression des militaires et du clergé.
 
Les soldats sont toujours installés à Monflanquin, pour qui ils sont une charge très lourde. Mascaron venant en visite à Monflanquin confirme cette présence déjà mentionnée par Castillon et de Vernejoul. L’évêque signale en effet que le 26 août 1687, il trouve, à une demi-lieue de la ville où il arrive, un capitaine de chevaux avec sa compagnie qui vient au-devant de lui, lequel capitaine après lui avoir fait son compliment l’accompagne jusqu’au logis qu’on lui avait préparé. (42)
 
Autre pression : celle exercée par le clergé. Mascaron, évêque d’Agen, reste sept jours à Monflanquin, l’année même de la destruction du temple, jours pendant lesquels il a diverses conférences avec les nouveaux convertis. Le dimanche 31 août, en fin de séjour, il y prêche et le 1° septembre il s’en va, laissant derrière lui cinq récollets en mission.
 
Deux ans après, une autre mission est réalisée. Elle a, selon ses responsables, beaucoup de succès mais surtout auprès des anciens catholiques….
 
Le 27 décembre 1699 M. de Coquard, curé de Calviac écrit à l’évêché d’Agen : « Il y a des siècles que mission n’a été aussi magnifique que celle que M. Thiebaut fait actuellement ici. Il y a depuis le lever du soleil jusques au coucher environ mille cinq cents personnes dans nostre église, parmi lesquelles il y   a plus de cent nouveaux convertis. J’espère que Dieu bénira leur travail surtout si vous avez la bonté de prier pour ce pays abandonné. » (42)
 
Cinq mille convertis en 1685 et, quinze ans plus tard, cent convertis seulement présents lors d’une mission qui est indiquée comme une grande réussite. Il n’est guère possible pour le clergé de parler de succès  … Il n’est donc pas surprenant de trouver à Monflanquin, envoyé et payé par le gouvernement, un missionnaire royal, sorte d’agent d’une police spéciale. Le rôle de ce fonctionnaire est non seulement de prêcher mais de rechercher les réfractaires plus ou moins dissimulés et de les dénoncer au pouvoir qui doit juger et appliquer les sanctions prévues… Il est là pour renforcer la pression exercée sur la communauté protestante avec l’appui des curés sédentaires ou en dépassant leurs exigences.
 
En 1700 le missionnaire envoyé à Monflanquin s ‘appelle Jean Armand de Seilhade dont le zèle contraste aussitôt avec la démarche plus pragmatique du clergé local. Il commence par se brouiller avec le curé M. Molinier à qui il reproche les pires compromissions avec les faux convertis. … Il lui signale même par huissier « qu’il ne croit pas pouvoir avoir aucune relation avec lui. » qu’il accuse de marier les nouveaux convertis moyennant quelque argent ! … En même temps il met en demeure l’administration diocésaine d’agir : « J’ose vous représenter que votre charge vous oblige de travailler à le faire placer ailleurs ».
 
Les nouveaux convertis sont soumis à son autorité sourcilleuse. A propos d’un certificat de catholicité à M. Listrac il écrit : « J’y ai différé jusques à présent … Il est vray que l’ay vu trois fois aux sermons et une fois deux de Messieurs ses enfants mais jamais à la messe ni à vêpres…. Je ne crois nullement converti. »
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- L’obstination des Protestants – Début  XVIII° siècle
 
La déclaration du 5 mars 1715 affirme qu’il n’y a plus de Protestants dans le Royaume, c’était faire preuve de beaucoup d’optimisme puisque la déclaration du 14 mai 1724 revient aux rigueurs de la Révocation. Preuve s’il en était besoin que les Protestants n’ont pas été éradiqués.
 
En Agenais, François Hébert, évêque d’Agen de 1704 à 1728, déclare n’avoir pas rencontré moins de quarante mille protestants dans son diocèse d’Agen au cours de ses tournées pastorales.
 
·      Les Archives de l’évêché d’Agen donne un relevé précis de la situation à Monflanquin avec le « Mémoire des Prétendus Réformés de Monflanquin » rédigé par Jean Armand Seilhade, missionnaire royal ; relevé systématique , minutieux. En effet la méthode M. de  Seilhade, est d’établir des fiches sur toutes les personnes suspectes à ses yeux. Fiches qui lui servent à étayer ses dénonciations … Il le dit lui-même dans son courrier à l’évêque d’Agen : « Je travaille à faire l’estat que Monseigneur m’a demandé … ».
 
Il dénonce en particulier « les plus obstinés qui ne se contentent pas de ne faire aucune fonction de catholiques mais encore empêchent que ceux qui auraient de bonnes intentions ne fassent leur devoir à Monflanquin  …», parmi lesquels (54) :
 
« Jean Carilhou, bourgeois, est un homme dangereux en matière de religion … Il a  beaucoup de biens et est regardé comme le chef du canton … »
 
« Dans la paroisse, juridiction de Monflanquin, M° Jacob de Maturin, frère du Ministre qui est encore une personne très dangereuse … »
 
« Besoin  pressant de s’assurer de Marie Cambon … et Marion Rey qui font le métier de prophétiser comme faisait la bonne de Maturin qui fut défaite à Libourne … elles retournées en ville quoiqu’on les en est chassées.»
 
« Jacques Pons, confiseur, qui est originairement à Fumel est aussi une peste en matière de religion. Il ne garde aucune mesure  … en faisant profession d’aller au cabaret comme chef des joueurs et des libertins pendant les Saints Offices … C’est encore lui qui est le dépositaire de toutes les lettres des pays étrangers pour les communiquer aux autres. »
 
·      Après le départ de ce missionnaire redoutable les curés en place préfèrent ménager les personnes et menacer avant de s’en prendre aux revenus des « délinquants ».
Dans un premier temps le curé mande le « suspect », lui adresse de « fraternels reproches » et le met en garde contre « les affreux malheurs suspendus sur sa tête » … Quand son auditeur cède, le curé lui fait signer un billet dont voici un modèle : « Je, Marc Touelhe, M° Menuisier, soussigné, pour preuve de ma sincérité … librement et sans contrainte, l’abjuration des hérésies de la R.P.R. et la profession de la religion catholique, apostolique, romaine … je m’engage, qu’au cas où je serais assez malheureux de désister des exercices ordinaires et essentiels de lad. Religion, de consentir de remettre au Sr Alquier, syndic de la paroisse, la somme de soixante livres pour être employées aux réparations de l’église ».
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- Culte familial et pasteurs clandestins – Début XVIII° siècle
 
Malgré toutes ces pressions, tracasseries, vexations, beaucoup de Protestants sont restés fidèles à leur religion traquée. La clandestinité même de cette démarche rend difficile son analyse. Quelques points de repère existent cependant :
 
- Pierre de Vernejoul avoue pour sa part l’existence de ce culte familial, chez lui : « Ayant été forcé de signer une abjuration, je ne puis vouloir aller faire des fonctions d’un catholique romain par hypocrisie ni profaner leurs mystères. Mais je demeure dans ma maison priant Dieu selon ma religion. »
                       
Les Archives de l’évêché d’Agen en conservent également la trace, au travers de rapports qui lui étaient adressés puisque   les Protestants étaient soumis à un véritable réseau de surveillance  (55) :
 
« La demoiselle de La Fontaine reçoit des visites tous les jours de dimanche au château de Born pendant qu’on est à la messe, et il se rend auprès d’elle sept ou huit personnes, entre autres le nommé Laplaine de Monthau obstiné hérétique qui a été domestique [ illisible ] arpenteur de Paulhiac. »
 
« Jean Cayrouna sieur de la Bruyère est aussi regardé comme chef de bande. Faisant le docteur, il donne sa maison pour faire une académie où il se fait de grandes assemblées sous prétexte de jouer. »
 
« David Biau fait profession ouvertement d’aller chez les malades leur prêcher à sa façon, leur faire la lecture de quelques livres défendus pour les confirmer dans leurs erreurs. 
 
- Autre forme de maintien du culte : la présence de Pasteurs clandestins parmi lesquels se trouve * Gabriel Maturin. (56) (·  Douen dans son ouvrage «les premiers pasteurs du désert  »conteste cette version et affirme que  l’ignorance subsiste sur  les dates précises de son arrestation, de sa délivrance, de sa mort. Pour lui  il n’alla ni à l’île Sainte Marguerite, non plus à la Bastille, non plus aux galères. (48))
 
Maturin Gabriel, d’abord pasteur à Monflanquin puis à La Réole, réfugié à Dordrecht après sa libération de la prison de Château Trompette, installé comme Ministre extraordinaire d’Arnheim en avril 1687 … Il rédige un ouvrage mais il ne se contente pas d’écrire, il veut agir. Il fait part au synode de son désir d’aller «  prêcher sous la croix » et le 25 août il rentre incognito dans sa patrie.
 
Arrêté à Paris, sous le nom de Lestang, le 16 avril 1690, chez un certain Mallet son coreligionnaire. Il va expier dans les îles de Sainte Marguerite, par une captivité de vingt cinq ans, le crime d’être rentré en France et d’y avoir prêché l’Evangile malgré la défense du Roy.       
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- Le renouveau : les Eglises du Désert – Première moitié du XVIII° siècle
 
Peu à peu, secrètement, les Eglises du Désert se reconstituent, souvent avec l’aide de Pasteurs clandestins comme Maturin Gabriel. Entre 1752 et 1760 ont été dénombrées vingt cinq Eglises du Désert dont l’organisation est des plus sobres comme le rappelle un témoignage de l’époque :
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« Des piquets reliés les uns aux autres par une corde formaient une enceinte circulaire consacrée aux fidèles, chaque plier supportait une chandelle. La chaire était adossée à un arbre sur l’un des points de la circonférence … Hors de l’enceinte et convenablement éloignée étaient placés les hommes de confiance chargés de surveiller les alentours … La lecture de la parle de Dieu, la prière, la prédication, le chant des psaumes, la Sainte Cène, ma bénédiction des mariages et la célébration des baptêmes occupaient presque toute la nuit ». (57)
 
 
Texterégent.jpg (859 octets)                Un pasteur zélé, Antoine Court (1696 – 1750), qui a su gagner la bienveillance du Régent en contrecarrant les projets d’Alberoni, vient rétablir l’organisation protestante dans le royaume. Dès 1715 il réunit un synode provincial à Nîmes et de 1726 à 1763 vont se succéder huit synodes nationaux.
 
Une lettre de Court datée de 1726, et signée de son pseudonyme, donne un aperçu de la situation en Agenais :
 
« Quelle gloire pour vous si par vos soins redoublés vous pouviez parvenir à remettre sur pied tant de belles églises … Tonneins, Clairac, Castelmoron, *Monflanquin, Montaud, Castelnaud de Gratecambe, etc. … qu’il y avait autrefois dans le canton …C’étaient autant de lieux qui formaient autant d ‘églises et qui composaient le Colloque du Haut Agenais … Vous avez besoin de beaucoup de prudence et de ménagement, de dextérité surtout dans le commencement ».(* On peut se demander si la grotte Robert entre Laroque et Montaud n’a pas servi  de lieu d’accueil à une de ces Eglises  du Désert. D’abord parce qu’elle se trouve à l’abri des bois de St Paul.  Ensuite parce que l’on y trouve gravée une croix sur l’une des parois. Simple hypothèse.)
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 - Le quartier de Monflanquin – Seconde moitié du XVIII° siècle
 
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Dans les années 60 le climat social et religieux change. La prospérité des Réformés, réfugiés dans le négoce car chassés officiellement des charges publiques et de toutes les professions libérales, est un élément de prospérité générale que ne néglige pas l’Intendant de Guyenne.
 
La correspondance du pasteur de Monflanquin, Renouleau, avec les pasteurs  du  Poitou  entre  1764  et  1768,  dans le  respect   du synode national qui a ordonné « qu’une  exacte  correspondance  soit  entretenue  entre  toutes  les Provinces du Royaume » (12) , permet d’appréhender à Monflanquin l’évolution en cours:
 
- « En date du 9 avril 1764, nous jouissons grâce à Dieu d’une grande tranquillité dans notre Province … Notre Assemblée Provinciale a fixé à chaque pasteur son quartier       et m’a alloué celui du Haut Agenais : c’est le quartier de Monflanquin. … Il faudra donc que vous m’adressiez vos lettres sous enveloppe de R. Labissière jeune à Fumel, par Villeneuve d’Agen ».      
 
- En date de 3 octobre 1764  nouvelle lettre : «  Fin juillet … le Maréchal de Richelieu, Gouverneur de cette Province, a chargé le comte de Beaumont, gouverneur de Bergerac, avec ordre de n’y pas contraindre par menaces ni aucune persécution d’engager de faire porter tous les enfants baptisés par les pasteurs à l’Eglise Romaine pour y recevoir les cérémonies de cette Eglise … et être enregistrés sur les Registres de la Paroisse … Seul point noir de ce schisme Dubois ». 
 
- En date du 3 janvier 1765 : «  On continue de nous tracasser … c’est à dire pour les baptêmes seulement, on met tout en œuvre … je ne sais plus de quel côté me tourner pour qu’on laisse mes gens tranquilles. Je les ai menacés de les abandonner s’ils ne montraient  pas plus de fermeté  (dîtes-moi si je dois le faire ?) … Pour le reste, nous jouissons de la même tranquillité que les autres quartiers … Il faut observer que nous n’avons pas de paysans … Je n’ai que sept à huit cents personnes quoique mon quartier soit étendu de dix lieues ».
 
- En date du 25 juillet 1765 : «  Quand le contre avis est arrivé, nos députés étaient sur le point de partir, toutes les dépenses étaient faites. Le malheureux Dubois soutient toujours son parti schismatique … Il est à craindre même que le parti ne se grossisse car il suffit quelque fois qu’une chose soit défendu pour qu’on le recherche. C’est là une terrible écharde que nous avons ».  Pour le reste  «  nous sommes assez tranquilles ».
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 - Restructuration de l’Agenais – Seconde moitié du XVIII° siècle
 
Cette attitude de « reconquête » explique que l’Eglise Protestante va franchir une nouvelle étape. Après le culte familial, les Eglises au Désert vient le temps de la réorganisation, de la restructuration de l’Agenais. (59)
 
Dès 1752, sous l’impulsion du pasteur André Grenier de Barmont, s’organisent les églises de cette région … En 1763 le Synode National décide de la constitution de la province Périgord – Agenais, jusque là rattachée à la Saintonge. Le premier Synode de la nouvelle province se tient en décembre de la même année …  Le Synode de la province Périgord – Agenais des 7 et 8 mai 1771 met en valeur les dissensions du protestantisme agenais dans cette deuxième partie du XVIII° siècle. Avec, pour toile de fond de la vie des églises de la région, le schisme Dubois qui perdurera pendant trente ans.
Mais pour Monflanquin c’est l’affaire Renouleau qui prend le pas et envenime les rapports de la communauté protestante.
 
Renouleau, dont le pseudonyme est de l’Etain, appartient à une vieille famille protestante de Royan. Il est admis en 1761 comme pasteur en Agenais après ses études à Lausanne …
 
Jean Renouleau est un homme de caractère comme sa première affaire l’atteste.   Au Synode de 1763, l’article 2 des Actes déclare que le pasteur Renouleau est condamné pour avoir qualifié M. Viala, pasteur de Tonneins, d’indolent et M. Dupuy, proposant, d’entêté. Cette première condamnation ne semble pas porter à conséquence au pasteur de Monflanquin puisqu’il est nommé secrétaire adjoint du Synode du Périgord – Agenais en 1765, comme il le sera encore au Synode suivant de 1766. (60)
 
La seconde affaire par contre sera plus grave, en 1769. Cette fois il s’agit de son mariage, enregistré le 17 décembre 1768 avec Marianne Fournye de St Amans. Le Synode de Périgord – Agenais le suspend «   sur les imputations qu’il a malversé avec mad. Son épouse avant la bénédiction nuptiale qui leur fut faite. »
 
En 1769 il est d’abord suspendu puis «  on lève sa suspension, l’autorisant d’exercer partout où il sera légitimement appelé excepté dans le quartier de Monflanquin, composé des églises de Monflanquin, Libos et Castelnaud, à cause des dispositions actuelles d’un grand nombre de fidèles contre lui. » Renouleau «  refuse de s’incliner, soutenu par une partie de ses paroissiens »
 
A cette occasion transparaissent deux sujets importants pour la communauté protestante du Second Désert : en premier lieu le mariage et en second lieu les risques de schisme. Sur les deux plans l’affaire Renouleau est significative.
 
En matière de mariage il semble en effet que les relations sexuelles antérieurs à la bénédiction du mariage aient eu tendance alors à se multiplier dans la région. Peut être parce que, pour certains, en bonne théologie calviniste, l’homme et la femme ne sont pas mariés par l’église ni par l’état mais se marient eux-mêmes. Certainement, pour la plupart, en raison des retards inévitables que supposent les cérémonies d’une organisation religieuse entièrement clandestine. (61)
 
C’est cette dérive que condamne l’article 15 du Synode d’août 1765, celui là même où Renouleau est secrétaire adjoint. Le Synode condamne «  ce crime énorme » dont l’assemblée se dit « véritablement affligée » en édictant des peines sévères contre ceux qui s’en rendraient coupables … Quatre ans plus tard l’accusation que porte contre Renouleau son propre beau-père est donc particulièrement grave. Aussi est-il suspendu.
 
Renouleau fait appel en 1770 au Synode de la  province voisine, la Saintonge, qui eu égard au consentement donné par la belle famille au mariage, à la rétractation orale puis écrite du beau-père, au certificat du chirurgien et au témoignage par écrit de la femme chez qui Madame Renouleau a accouché sept mois et un jour après la bénédiction, «  lève sa suspension, l’autorisant d’exercer partout où il sera légitimement appelé excepté dans le quartier de Monflanquin, composé des églises de Monflanquin, Libos et Castelnaud, à cause des dispositions actuelles d’un grand nombre de fidèles contre lui. »
 
Et c’est là que se présente le risque de schisme car Renouleau «  refuse de s’incliner, soutenu par une partie de ses paroissiens ». Au Synode de juin 1776, auquel assiste Louis de Védrines en tant qu’Ancien, la brouille n’est toujours pas réglée et Renouleau accepte qu’une commission soit nommée. Mais comme le Synode nomme un nouveau pasteur Jacques Sol dit Elios, venu de Montauban, pour desservir le colloque de Monflanquin, Renouleau interrompt le dialogue amorcé et se maintient.
 
Dès lors il y a deux pasteurs concurrents sur le même territoire, ce qui est révélateur des difficultés du système presbytéro – synodal théoriquement caractéristique du calvinisme français mais souvent déformé par les tendances autoritaires de certains pasteurs, voire par les tendances congrégationalistes de certaines églises.
 
Et c’est ainsi qu’à Monflanquin la population protestante, après avoir traversé victorieusement un siècle de clandestinité a beaucoup moins supporté la paix retrouvée … se divisant à propos d’un mariage ! 
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7- Fin  de  l’Ancien Régime : 1787 – 1789
- L’Edit de Tolérance – Novembre  1787
 
L’Edit de novembre 1787 « concernant ceux qui ne font pas profession de la religion catholique », désigné généralement sous le nom d’Edit de Tolérance, vient conclure cette évolution bénéfique aux Protestants.
 
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En effet le 17 novembre 1787, Louis XVI signe à Versailles ce texte de 37 articles qui reconnaissent principalement aux non-catholiques : le droit de vivre en France et d’y exercer une profession ou un métier sans être inquiétés pour cause de religion ; la permission de se marier légalement devant les officiers de justice ; la permission de  faire constater les naissances devant les juges du lieu ; la possibilité de régler le problème des sépultures.
 
Les articles 17 à 20 prévoient que dorénavant les mariages des non catholiques peuvent être déclarés devant des officiers de justice et non plus seulement devant les curés ou vicaires. De plus les unions antérieures peuvent être réhabilitées dans le délai d’un an, pourvu que les époux en apportent la preuve et déclarent le nombre, l’âge et le sexe de leurs enfants comme le prévoit l’article 21. Cette disposition permet de jouir de tous les droits d’un mariage légitime, notamment en matière d’héritage. (62)
 
Le problème des enfants, réglé par l’article 21, n’était pas des moindres puisqu’il créait jusque là  des contradictions de plus en plus difficiles à résoudre :
 
D’abord entre le pouvoir civil et l’église catholique. En effet les autorités civiles, marquées par les prises de position des philosophes contre la contrainte et surtout préoccupées du nombre de sujets sans état-civil dans le royaume, ne sont plus disposées à apporter à l’église catholique une aide aveugle
 
Ensuite, à l’intérieur même de l’église catholique, les curés ont matière à réflexion théologale quand ils sont dans l’obligation de baptiser un enfant dont les parents ont eu un mariage non connu de l’église, ou bien qu’on dit avoir été mariés au Désert. D’ailleurs le juge royal, chargé de l’enregistrement en 1789, utilise une phrase qui révèle son embarras pour définir le mariage protestant : «   Depuis leur cohabitation trois enfants … ». On peut juger de la réaction des représentants de l’Eglise Catholique au moment de baptiser ces enfants nés dans de telles circonstances, condamnées par l’Eglise.
 
La solution apportée à la question protestante par la monarchie, après un siècle d’oppression / résistance, aboutit à la distinction et la séparation du pouvoir civil et du pouvoir ecclésiastique. Au fond ce qui se débat ici c’est l’un des plus importants et des plus graves problèmes des sociétés modernes : celui de la tolérance et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
 
L’Edit de Tolérance règle en partie la séparation de l’Eglise et de l’Etat en ce qui concerne l’état-civil mais laisse absent l’agrément de la pratique religieuse, Louis XVI prenant la peine de préciser :  «  L’Edit concernant mes sujets non catholiques se borne à donner dans mon Royaume un état-civil à ceux qui ne professe pas la vraie religion … . C’est là son seul objet. Avant la Révocation de l’Edit de Nantes, les Protestants avaient une existence religieuse, mon Edit ne leur en donne aucune. »
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- L’état-civil des Protestants – Avant et après l’Edit
 
Avant que l’Edit de Tolérance ne soit signé, les Protestants se sont adaptés à la situation qui leur était imposée. Que ce soit pendant la période du « premier Désert » ou celle du « second Désert », c’est à dire sensiblement avant ou après 1750.
 
Durant la première moitié du XVIII° siècle beaucoup de Protestants, ne se sentant pas le courage de vivre sans état-civil, jurent tout ce que les prêtres leurs demandent et font ce qui est exigé. Mais leur mariage enregistré et béni ils ne retournent plus à l’église et « vont au Désert », ce  que les historiens nomment « le premier Désert ».
 
Dans la seconde moitié du XVIII° se développe « le second Désert ». En effet le gouvernement royal, accaparé par la guerre de Sept Ans, n’a pas les moyens de mener la répression comme le voudrait le parti des Dévots, alarmé par la persistance de la communauté Réformée. De plus l’affaire Calas marque la prise de conscience du problème protestant par le monde des philosophes et aboutit à développer dans l’opinion publique un véritable complexe à l’encontre de la manière forte. Enfin la sécularisation de l’administration, dont les officiers sont le plus souvent sensibles aux prises de position des philosophes, pousse à une relative tolérance.
 
Dès lors les protestants se dispensent même de prendre contact avec le curé, contrairement à la période précédente, et se marient devant un pasteur. Un exemple parmi d’autres à Monflanquin : l’acte de mariage de Jean de Laborde et de Suzanne Dangeau le 26 juillet 1767, avec pour témoins Pierre de Michel, Antoine Lalbie, Claude Cayrose et Jean Brugaillières, est signé par le pasteur Renouleau et non un curé … Parallèlement le curé ayant à enregistrer des baptêmes, mode d’inscription à l’état-civil, reconnaît soit que le mariage des père et mère « ne lui est pas connu » soit « qu’on les dit avoir été mariés au Désert » (47).
 
Une lettre de Lafayette adressée en mai 1785 au général Washington résume la situation : « leurs mariages ne sont pas légaux, leurs testaments n’ont aucune force de loi, leurs enfants sont considérés comme des bâtard, leurs personnes sont pendables. » (63)
 
Le 17 novembre 1787 l’Edit de Tolérance. Il n’est appliqué qu’avec retard à Monflanquin. En effet le Parlement de Bordeaux en exil à Libourne fait littéralement grève et n’enregistre aucun acte royal Il faut attendre février 1789 pour que le Parlement condescende à signer … Il faut attendre   juin 1789, alors qu’à Versailles les tensions montent de façon inattendue pour le Roi, pour que le texte soit enfin   enregistré par le greffe de Monflanquin   «  en faveur des non-catholiques, aux fins de constater également leurs états civils » comme l’écrit le juge royal investi de l’autorité de procéder à cette régularisation …
 
Le 15 juin 1789 le registre des mariages protestants est ouvert à Monflanquin (64), il est clos quelques mois plus tard,  le 2 janvier 1790.
 
·   Louis de Védrines donne l’exemple dès le 16 juin 1789 :
 
« Noble Louis de Védrines ancien lieutenant d’Infanterie et Dame Marie de Védrines son épouse, habitants du lieu de Martel paroisse de Roquefère. Lesquels ont dit que désirant satisfaire à l’Edit Royal daté de Versailles 17 novembre 1787 et enregistré au Parlement de Bordeaux le 9 février dernier et au greffe du présent siège le jour d’hier .. Ils nous déclarent être unis depuis le 15 septembre 1783 du consentement de leur mère ainsi que celui de leur plus parents, qui ont signé leur contrat de mariage le 28 juin 1783 retenu par Monsieur Rey notaire royal de cette ville, leur père étant décédé longtemps avant leur mariage … et avoir eu depuis leur cohabitation trois enfants, savoir deux filles Magdeleine et Elisabeth toutes deux décédées en très bas âge et Antoine âgé d’environ vingt cinq mois. Pour la sincérité de leurs déclarations se sont présentés sieur Jacques Brugalières et Pierre Malespine négociants, Etienne Baffoi M° en chirurgie et Jean Saint Bris bourgeois. »
 
C’est là une déclaration type de la reconnaissance des mariages protestants à Monflanquin en 1789. On la retrouve pour les familles qui vont suivre : Brugalières, Biou, Lacroix, Amouroux, Laparre, Fournyé de St Amans, Vernejoul, Labbie, Moret, Becays de la Bruyère, Eyma, Carret, Griffoul, Garrigou, Dermichel, Lalbie, Augier, Renouleau, celui là même qui avait tant troublé la vie de la communauté, pour l’heure regroupée autour de son pasteur officiant Jalabert.(50)
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- La communauté des Protestants en 1789
 
En cette année de 1789, les Protestants retrouvent une partie de leurs droits alors que la monarchie absolue et de droit divin, dont ils ont tant eu à souffrir, arrive à son terme. Leur résistance a raison du parti des Dévots et met en danger la conception « un Roi, une Religion ».
 
Mais qui sont les protestants de Monflanquin en cette fin de XVIII° siècle ? Renouleau livre des indications précieuses dans une de ses lettres de 1765,  d’abord sur le nombre: « Je n’ai que sept à huit cents personnes quoi que mon quartier soit étendu de dix lieux »… ensuite sur l’éventail sociologique : « Il faut observer que nous n’avons pas de paysans ».
 
Avant que de tenter des évaluations il faut souligner que le quartier administré par Renouleau excède la seule juridiction de Monflanquin qui couvre le registre tenu par le juge royal … A cela s’ajoute le fait que l’enregistrement ne prend pas en compte   tous les  Protestants de la juridiction,  certains  ne faisant pas l’effort de se déplacer. Dans ces conditions, la centaine de personnes que représentent les conjoints, les enfants enregistrés, les parents, les témoins, ne permettent qu’une réponse parcellaire sur la communauté protestante et qui ne peut être proposée qu’avec prudence.
 
La liste des témoins de ces mariages à Monflanquin (65) conforte cependant l’idée du nombre limité de cette communauté : souvent les mêmes personnes sont obligées de témoigner plusieurs fois à des mariages successifs. Il en est ainsi pour Brugalières, Malespine, St Bris, Augier, Gorre, Fray .. . Lequel Augustin Fray pose un problème. En effet il est procureur de Monflanquin bien que Protestant, ce qui laisse supposer que la « chasse aux religionnaires » n’est plus inquisitoriale depuis quelque temps déjà. Autre détail intéressant à son propos : il affiche son titre le 7 décembre avant même le décret de l’Assemblée Nationale donnant accès à tous les emplois. Car ce n’est que le 28 décembre 1789 que Louis XVI envoie ses Lettres de Patente, en forme d’Edit, qui mettent en vigueur le décret de l’Assemblée Nationale du 24 décembre selon lequel « les non catholiques sont capables de tous les emplois civils et militaires, comme les autres citoyens » …
 
La liste des mariages de Monflanquin, dans sa globalité, confirme, quant à elle, le nombre réduit de paysans. Ils ne sont représentés que par Biou et Laparre, tous deux mentionnés en tant que « laboureurs ». Par contre plus du tiers des couples est constitué par des Nobles comme de Védrines. Fait significatif, il donne l’exemple en se présentant le premier, il ouvre en quelque sorte la voie. Les paysans, les journaliers surtout manquent à l’appel. Ils se déplacent moins facilement et surtout ne gagnent rien à l’application de l’Edit de Tolérance : la liberté de culte public leur est toujours refusée officiellement et la possibilité d’héritage légal ne les concerne pas. Donc peu nombreux, de l’aveu de Renouleau, les paysans sont encore moins nombreux à se faire inscrire sur le registre du juge royal. D’où une estimation délicate, dont les résultats sont à prendre avec précaution.
 
Au total, la communauté protestante de la juridiction de Monflanquin regroupe à la fin du XVIII° siècle, après sa longue traversée du Désert, essentiellement des Nobles, des bourgeois, avec quelques représentants des autres groupes sociaux. Mais en tout état de cause tous ceux qui sont déclarés sont des possédants dont le mariage s’accompagne d’un acte passé devant notaire.
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- Les moyens de sauvegarde de la communauté protestante
 
La monarchie a contraint les Protestants à se maintenir dans le seul champ économique, à l’exclusion des autres Dès lors à Monflanquin le groupe Protestant est constitué de détenteurs de biens de production, assuré d’une certaine aisance financière Le noyau central de ce groupe socio-économique rassemble des familles de propriétaires fonciers, d’anoblissement au cours du XVII° siècle, avant la Révocation.
 
Ce système socio-économique sort renforcé par l’endogamie pratiquée pendant cette longue période du Désert. Cette endogamie, qui ne fait que prolonger celle communément pratiquée dans les milieux nobles, a ici une fonction supplémentaire : le maintien d’une religion.
 
 Le même objectif recherché par les bourgeois et les laboureurs Protestants, plongés dans le même contexte difficile voire hostile, leur a fait adopter une attitude identique.
 
On voit ainsi de proche en proche, pour des raisons identiques, se profiler une nébuleuse socio-économique à base religieuse dont le centre est la paroisse de Roquefère avec des prolongements dans les paroisses de Monflanquin, St Sernin de Labarthe, St André, Boinet et Galayssac.
 
Ce moyen de défense du groupe a été facilité par la permanence la résistance du milieu huguenot à la pression du pouvoir et de l’Eglise Catholique. Cette résistance s’est au demeurant structurée avec l’arrivée des pasteurs du second Désert et la présence de Renouleau dont l’action a renforcé la volonté continue d’un groupe humain déterminé à sauvegarder ses valeurs. Dès lors le groupe socio-économique à base religieuse tend à s’installer dans la permanence.
 
Autre mesure de défense à l’encontre des risques de disparition : le groupe en outre s’appuie sur une forte natalité. Le pasteur Renouleau en est un exemple avec ses douze enfants vivants. En effet il faut compter avec la mortalité infantile : Jean Labbie annonce un enfant vivants pour quatre décédés … Becays/Dubourg quatre enfants vivants mais cinq décédés …
 
D’une façon générale, les nobles propriétaires fonciers ont de trois à six enfants vivants tandis que les autres ont un ou deux enfants à charge. Une distinction interne au groupe humain se fait donc jour reposant à la fois sur une distinction et une aisance financière. Une pratique qui permet en particulier au sous-groupe central des nobles, riches propriétaires fonciers, d’assurer sa pérennité pour se projeter dans l’avenir, le moment venu.
 
Ce fait Protestant s’est déployé à la vue et au su de tout un chacun. L’Eglise Catholique n’a pas été en mesure de l’endiguer comme elle le souhaitait. L’autorité civile n’a plus voulu le canaliser. Dans la vie quotidienne, de Monflanquin tout au moins, la population n’en fait pas sa préoccupation majeure.
 
Groupe socio-économique à base religieuse, fortement minoritaire mais disposant de ressources, l’ensemble Protestant de Monflanquin en 1789 attend de la Monarchie que soit complété rapidement l’Edit de Tolérance et l’Edit de décembre qui viennent d’être signés.
 
Dans l’instant, ce groupe constate que sa longue résistance, feutrée, tranquille mais efficace, aux côtés des autres Protestants de France, a finalement forcé le Roi à adopter en matière d’état-civil une solution qui amorce la séparation de l’Eglise et de l’Etat, solution à laquelle le groupe adhère puisqu’il sort immédiatement de sa semi-clandestinité.
 
Pour l’avenir, ce groupe, dont le loyalisme monarchique ne s’est pas un seul instant démenti et largement prouvé aux armées du Roi, aspire essentiellement à des réformes qui lui restituent une place entière dans le royaume.
 
Quand l’année 1789 se termine il reste, aux yeux des Protestants, à leur restituer le droit à une église organisée dont la reconnaissance tarde….
 
 
Le dernier chapitre des rapports entre la monarchie et les Protestants sous l’Ancien Régime se ferme sur la disparition  de la monarchie et non pas de la Religion Prétendument Réformée.
La conclusion a de quoi surprendre plus d’un contemporain et donne matière à réflexion sur la permanence des idées et celle des régimes politiques.
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8-   Epilogue : Révolution, Consulat
Le 2 octobre 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen élargit l’horizon des Protestants. L’article X  précise « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble point l’ordre public établi par la loi » … Application concrète de ce principe fondamental, L’Edit de décembre confirme l’égale admission de tous les Français à tous les emplois.
 
Le 15 mars 1790, le Protestant Rabaut-Saint-Etienne, dont le père avait été pasteur au Désert, est élu président de l’Assemblée Constituante et succède à cette fonction à l’abbé de Montesquiou. Succession riche en symbole.
 
La Révolution va entraîner des prises de position individuelles de la part des Protestants comme il en a été de tous les croyants. A Monflanquin l’ancien pasteur Jalabert va prendre un relief certain pendant la Convention dans les clubs populaires et finira quelques décennies plus tard son engagement en prenant fait et cause pour Napoléon au moment des Cent Jours.
 
Par contre une attente est commune à tous les Protestants : le droit à une église organisée. Bonaparte, premier Consul, voulant avoir autorité sur les Réformés grâce au serment de fidélité et à la nomination des pasteurs, va être le promoteur de cette organisation. Il met en place les deux Eglises protestantes par la loi du 18 germinal an X ( 7avril 1802). Cet acte marque dans la vie des Protestants de France le début de l’âge moderne. (63)
 
Dans la suite logique de ces dispositions, Napoléon signe le décret impérial du 18 fructidor an 13, soit le 6 septembre 1804, qui met « à la disposition du Consistoire de l’Eglise Réformée de Castelmoron l’église desdits Augustins de Monflanquin ».
 
 Ce décret est mis en application par la décision du préfet  en date du 8 avril 1806, il concerne « l’église, sacristie,  chapelle et le porche qui pourraient précéder la principale porte de la dite église, le dessus de la sacristie, de la chapelle ainsi que tout porche qui se trouverait placé à côté de la principale porte d’entrée ». Ce temple,   rue Ste Marie, marque dans la vie des Protestants de Monflanquin le début de l’âge moderne.
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Odo Georges
 
 
 
- 1  Odo g.   "Les débuts du protestantisme à Monflanquin au XVI° " - SLA 313   1991
-  2  Musée d'Agen "Histoire du Protestantisme agenais" - Agen 1965
-  3  Magot abbé « les temples protestants de Monflanquin » - R. A. 1913
-  4 Revue de l'Agenais XVI 2° série
-  5 Archives départementales d'Agen série B 45
-  6 Durengues Abbé "Anciens établissements religieux de Monflanquin" - R. A. 1922
-  7 Samazeuilh j.e." Histoire de l'Agenais" T. 2 p. - Auch 1847
-  8 Perotin Y. "Les anciens couvents d'Augustins d'Agen : Monflanquin" - R.A. 1956
-  9 Archives départementales d'Agen 18 J 24
-10 Revue de l'Agenais XXIX  2° série p. 522
-11 Revue de l'Agenais 1902 p.522
-12 Revue de l'Agenais 1966 p. 348
-13 Garrisson j. " Protestants du Midi 1559-1598" - Privat 1980
-14 Archives Nationales Paris : fonds français vol. 15.871 p. 119
-15 "Histoire de l'Agenais" - Agen 1941
-16 Odo g. « Débuts du protestantisme à Monflanquin » - SLA 1991 n° 313
-16b Odo g. " Les guerres de religion à Monflanquin, 1561-1598" -SLA  n° 390-391 1998
-17 Quintard a. « Monsempron-Libos, de la légende à l’Histoire » - 1989
-18 Odo g. « Monflanquin en 1562-1569 : Monluc-Thoiras » - SLA  n°330-331  1993
-19 Boudon de St Amans j.f. « Histoire du Lot et Garonne » - Agen 1836
-20 Miquel p. " Les guerres de religion" - Marabout 1980
-21 Lauzun  ph. « le château de Cauzac » R.A. 1896 p. 386
-22 Massip l. « Cancon en Agenais » - 1891
-23 Archives départementales d’Agen « E   3511 »
-24 Odo g. « Jurade de Monflanquin, fin XVI° - début XVII° » SLA 1997
-25 Livet g. « les guerres de Religion » - PUF 1983
-26 Fonda j. « Séjours et itinéraires de Henri IV » - R.A. 1968
-27 Cottret b. « 1598 l’édit de Nantes » - Perrin 1997
-27b de Bellecombe A. « Aide-Mémoire pour servir l’histoire de l’Agenais » Auch 1899
-28 Renouard a. « Histoire Universelle  de d’Aubigné a.» - T. VII - 1886.1909
-29 « Documents inédits sur l’Histoire de France » T. II - BN
-30 Cassany-Mazet a. « arrondissement de Villeneuve sur Lot » - Agen 1839
-31 Archives d’Agen « registre des réceptions de la Sénéchaussée » B 02   f° 80
-32 Cottret b. "1598, l'Edit de Nantes" - Perrin 1997
-33 Odo g. « La notice historique de 1841 » - SLA 1995   n°360 
-34 Odo g.. « Monflanquin bastide du XIII° siècle » - SLA 1994   n° spécial
-35 Odo g. « Claude Sarrau de Boinet » - SLA 1988   n° 271/272
-36 Odo g. « Monflanquin bastide du XIII° siècle » - SLA 1994   n° spécial
-37 Odo g. « Les remparts, fonctions de la bastide » - SLA 1987  n° 257/259
-38 Archives départementales d’Agen « H. 3 »
-39 Revue de l’Agenais 1982
-40 Odo g." Extraits des registres de la jurade 1635-1641" -SLA 1983/85  n°218 à 232
-40b Odo g. " Extraits des registres de la jurade 1654-1687" -SLA 1996   n° 344-345
-41 Odo g. " Notes sur le Temple " – SLA n° 267-268  1988
-41b Cassany-Mazet « Annales de Villeneuve sur Lot » - Agen 1846
-42 Durengues abbé « Monographie des paroisses du Lot et Garonne » A.A. - 18 J 24
-43 Revue de l’Agenais 1987
-44 Archives départementales d’Agen
-45 Odo g. « La révocation de l'Edit de Nantes » SLA 1985    n° 233 à 241  
-46 Vernejoul p. « Livre de Raison » - Archives familiales Vernejoul
-47 Bulletin Société d’Histoire du Protestantisme Français 1857 -  Robin p. 90
-48 Douen « Les premiers pasteurs du Désert » - BSHP  n° 7822
-49 Bulletin Société d’Histoire du Protestantisme Français 1884 p.10
-49b Tournier g. « les galériens protestants- XVII° et XVIII° » -Presses Languedoc 1984
-50 Martin cl. « Réfugiés et galériens Protestants » - BSHP 1966 p. 356
-51 Archives familiales de Védrines
-52 Bulletin Société d’Histoire du Protestantisme Français 1916  p. 152
-53 Bulletin Société d’Histoire du Protestantisme Français 1927  p. 238
-54 Archives départementales d’Agen G/H 362
-55 Archives départementales d’Agen 11  362
-56 Archives départementales d’Agen 1 PL 393
-57 Lagarde a. « Chronique des églises réformées de l’Agenais »
-58 Bulletin Société d’Histoire du Protestantisme Français : m.s. 351
-59 Hornus m. « Synode inédit de Périgord-Agenais, 1771 » - R.A. 1963
-60 Hugues e. – 1886 T. II
-61 Méjean f. – Paris 1947
-62 Krumenacher Y. « Les registres de l’Edit de Tolérance » - BSHP  1988
-63 Richard m. « des Protestants sous l’Ancien Régime »- Hachette 1985
-64 Archives départementales d’Agen  B 1404/1404 bis
-65 Odo G.  « Les mariés de 1789 à Monflanquin » - SLA   n°289-292  1989
 
   
·         AA      Archives Départementales d’Agen
·         BN       Bibliothèque Nationale
·         BSHP  Bulletin Société d’Histoire du Protestantisme Français
·         RA.     Revue de l’Agenais
·         SLA    « Sous les Arcades » Revue de la MJC de Monflanquin
 
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